RCA: l’humanitaire française raconte sa détention

Enlevée le 19 janvier à Bangui, la Française Claudia Priest a été libérée vendredi 23 janvier.
© AFP PHOTO / EMILIE IOB

L'humanitaire française Claudia Priest qui avait été enlevée lundi 19 janvier à Bangui par des miliciens anti-balaka a été libérée hier vendredi. Le religieux centrafricain enlevé au même moment a également été libéré. Claudia Priest revient sur ses conditions de détention.

« Les gens qui nous ont gardés étaient très sympathiques. Ils voulaient nous voir sourire, ils voulaient nous voir discuter. Dès qu’ils nous voyaient tristes, ils disaient : "Non, non, ne pleure pas. Maman, à quoi tu penses. Dieu va te libérer". Mais je voyais les jours passés, je voyais que ça s’enlisait, qu’ils commençaient à se chamailler entre eux, entre ceux qui voulaient la libération et ceux qui étaient contre et qui étaient vraiment déterminés à aller jusqu’au bout. Le climat se détériorait vraiment. Le matin, j’avais décidé justement de dire stop, je ne me lèverai plus, je ne m’alimenterai plus. Donc j’étais restée couchée sur mon lit de briques, juste avec une bouteille d’eau, et j’attendais, j’attendais… »

Pour Claudia Priest, la présence du frère Gustave à ses côtés a été déterminante. « Je crois que s’il n’avait pas été là, les conditions auraient été beaucoup plus dures pour moi. J’aurais sûrement subi des sévices, c’est certain, parce qu’ils en avaient déjà parlé. Ils m’avaient demandé de quitter ma robe et j’ai refusé. Et c’est lui qui a dit : "Non, mais attendez, c’est une maman, elle a 68 ans". Il a discuté, il a dit ce que je faisais. Heureusement qu’il était là. »

« Je ne croyais pas à ma libération. Non, non. J’ai eu peur. J’ai cru que j’étais transférée dans un autre endroit où j’allais être maltraitée. Parce que là où nous étions, nous étions bien traités, et je me suis dit que s’ils nous changeaient d’endroit, c’était que la base leur avait dit : "Vous, vous êtes trop bons, on va les redescendre ailleurs." J’ai même dit : "C’est un guet-apens". Ils m’ont dit : "Non, non, maman, c’est pas un guet-apens". Bon. J’ai marché, j’ai suivi. Ce n’était pas un guet-apens (rires). Grâce à Dieu, grâce à tous ceux qui nous ont aidés, qui nous ont accompagnés, qui nous ont portés (…) J’ai vraiment beaucoup de remerciements à dire par rapport à ce qui a été fait pour notre libération. »

Claudia Priest et son mari, tous deux originaires de Saône-et-Loire, ont fondé en 2005 l’association Imohoro pour venir en aide à la population centrafricaine. Et malgré ce qui lui est arrivé, Claudia Priest n'a pas l'intention de renoncer à son engagement.

« La population nous aime, la population est à côté de nous. Ils ont fait des témoignages. Ils étaient prêts à faire une marche pour notre libération. Donc je ne peux pas dire "maintenant, bah écoutez, les amis, basta". Non, non, je ne veux pas pénaliser la population à cause de ce qui s’est passé. Je ne peux pas. C’est sûr, je ne reviendrai pas tout de suite, c’est un fait, on va attendre que les choses se calment et puis on envisagera la suite ensemble, avec l’ONG.

J’adore les gens qui sont ici, je trouve qu’ils sont très bons, donc je trouve que ce serait dommage de les priver à cause d’une bande de malfaisants, analphabètes et qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et qui profitent de leurs rapines. La population n’a rien à voir avec eux, ce n’est pas du tout ça. »