Violences en RDC: les nombreuses arrestations font polémique

Arrestation d'un manifestant à Goma, dans l'est de la RDC, le 19 janvier 2015.
© REUTERS/Kenny Katombe

En RDC, alors que le militant des droits de l’homme Christopher Ngoyi Mutamba a été arrêté il y a 3 jours par des policiers militaires en pleine rue, des ONG congolaises s’inquiètent qu’il n’ait toujours pas été présenté à la justice et que son lieu de détention n’ait pas été révélé aux membres de sa famille. Des ONG qui s'inquiètent aussi de la dizaine d'arrestations de responsables politiques en moins d'une semaine au Congo.

Christopher Ngoyi Mutamba a été arrêté mercredi soir, le 21 janvier, alors qu’il se trouvait en terrasse avec des amis. Depuis, les autorités ont confirmé son interpellation, mais son lieu de détention reste inconnu, comme l’explique le secrétaire exécutif de la Ligue des électeurs, Sylvain Lumu : « Nous avons parcouru tous les lieux carcéraux et les services de sécurité de la ville de Kinshasa, [Il n’était] ni à Makala, ni à la prison militaire. Nous nous sommes rendus également dans les services de la police militaire des camps Kokolo et des camps Tshatshi. Nous ne l’avons toujours pas trouvé. Ça nous inquiète énormément. »

Résultat, Jean-Claude Katende, président de l'Association africaine pour la défense des droits de l'homme (Asadho), dénonce une campagne d’arrestations de ceux qui se prononcent contre le pouvoir en place : « Nous avons constaté que toutes les personnes qui critiquent les politiques du gouvernement de la République démocratique du Congo sont soit arrêtées, soit intimidées régulièrement. Et là nous avons l’exemple du bâtonnier Jean-Claude Muyambo, et le cas actuel notre ami Christopher Ngoyi. »

Jean-Claude Muyambo, président de la Solidarité congolaise pour la démocratie et le développement, la Scod, ex-parti de la majorité passé à l’opposition, a été arrêté mardi dernier, tout comme quatre dirigeants de partis d’opposition interpellés à Goma, après une manifestation contre le projet de loi électorale.

Enfin l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, premier parti d’opposition) dénonce l’interpellation de trois responsables locaux, tout comme celles de trois de ses membres arrêtés à Butembo. Des arrestations en série qui inquiètent de plus en plus la société civile.

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HRW dénonce la répression policière

Human Rights Watch critique en outre la répression des manifestations du début de semaine en RDC et demande à Kinshasa d’ « engager des poursuites contre les responsables » des ces violences. L’ONG dénonce « un recours à une force illégale et excessive pour réprimer les manifestations » de la part des forces de sécurité, comme l’explique Jean-Marie Fardeau, le directeur pour la France de HRW.

Les forces de sécurité [...] ont utilisé excessivement la force, au point de tuer 36 personnes - ou 35, on va dire, puisqu'un agent de police a été lapidé par des manifestants. Vingt-et-une de ces personnes, au minimum, ont été tuées par balle.
Jean-Marie Fardeau
25-01-2015 - Par Florence Morice

Ce jeudi, ajoute l'organisation de défense des droits de l'homme, « au moins quatre personnes ont été tuées lors de manifestations dans la ville de Goma  ». HRW dit avoir « documenté plusieurs cas dans lesquels la police ou les militaires de la Garde républicaine [chargée de la protection du président] ont emporté les cadavres des personnes tuées, dans une apparente tentative de supprimer les preuves ».

Le bilan de l’ONG avoisine celui de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) qui donnait 42 morts, mais contredit les autorités congolaises, qui ont affirmé que 12 « pillards » ou « émeutiers » avaient été tués par des vigiles privés.