RDC: Human Rights Watch s'inquiète pour Christopher Ngoy Mutambo

Le 12 janvier 2015 déjà en RDC, un important dispositif policier avait été déployé à Kinshasa alors que l'opposition voulait manifester contre la loi électorale. Une dizaine de personnes avaient été blessées.
© AFP PHOTO/ PAPY MULONGO

L’organisation de protection des droits de l’homme Human Rights Watch dénonce une série d’arrestations arbitraires et un climat délétère. Elle s’inquiète en particulier de l’interpellation d’un activiste des droits de l’homme, Christopher Ngoy Mutambo. Il a été arrêté, il y a six jours, en pleine rue. Son lieu de détention n’a toujours pas été rendu public par les autorités.

Christopher Ngoy Mutambo a été arrêté il y a une semaine par des éléments de la police militaire alors qu’il se trouvait en terrasse avec des amis. Depuis les autorités, ont confirmé son interpellation, mais son lieu de détention reste inconnu comme l’explique la représentante de Human Rights Watch, Ida Sawyer, qui dénonce une arrestation arbitraire.

« Ngoy Mutambo n'a pas accès à sa famille ou à un avocat. On ne sait pas où il est. Donc, nous sommes très inquiets par rapport à cette situation. Nous pensons qu'il s'agit d'un signal très inquiétant de la part du gouvernement, qui veut tout faire pour réduire au silence toute voix discordante et dissidente et aussi mettre des limites sur l'espace d'activisme des droits de l'homme et politique. »

Attitude défensive du côté gouvernemental

Le porte-parole du gouvernement congolais estime que tout est normal dans cette affaire. Le pouvoir assure que Christopher Ngoy Mutambo est entre les mains de la justice à Kinshasa. Lambert Mendé se veut rassurant : « Nous avons été informés par les services de police et non par les services de renseignements. Il a été arrêté par ces services et il est à la disposition du parquet de Kinshasa. »

« A ma connaissance, l'instruction préjuridictionnelle en RDC est secrète. Il n'y a donc que ses avocats qui sont en droit d'interroger la justice. Je ne pense pas qu'il y ait un problème. La justice n'est pas sous le contrôle de Human Rigths Watch, la justice n'a pas à lui rendre compte, et même pas au gouvernement alors il faut un peu de modestie pour les ONG qui sont nos partenaires en RDC. »

D'autres arrestations à travers le pays

L’activiste des droits de l’homme n’est pas le seul à avoir été arrêté récemment. Le président du Scode, Jean-Claude Muyambo, parmi les principaux organisateurs des manifestations de l’opposition, a été arrêté mardi dernier, mais aussi le secrétaire général de ce parti, Cyrille Dowe, interpellé la veille.

Enfin, à Goma, les leaders de quatre partis d’opposition ont été interpellés après une manifestation contre le projet de loi électorale. Ces arrestations sont qualifiées d’arbitraires par Human Rights Watch qui dénonce une tentative de réduire ces militants au silence.

L'opposition maintient la pression

Trois jours après l’adoption de cette loi électorale controversée, les principaux partis de l’opposition congolaise exigent désormais la publication d'un calendrier global des scrutins à venir, pour éviter tout risque de glissement du calendrier électoral. Des leaders d’opposition dénoncent par ailleurs l’arrestation d’une dizaine de dirigeants de l’opposition et la fermeture toujours en cours de l’Internet en connexion mobile et des SMS en RDC.

Samy Badibanga, chef du groupe parlementaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) assure qu'il reste vigilant : « Nous allons bien suivre. L’étape suivante pour nous, c’est le calendrier global et consensuel. C’est pour cela que nous avons mis la Céni [Commission électorale nationale indépendante] en demeure, particulièrement son président, de pouvoir sortir ce calendrier le plus tôt possible. Et j’espère que l’esprit de consensus que nous avons eu va continuer. N’oubliez pas qu’il y a eu un consensus sur le fait que les délais constitutionnels seraient respectés, bien que ça n’apparaisse pas dans le texte. »