Réchauffement franco-marocain: rencontre au sommet ce week-end?

Francois Hollande à l'Institut du monde arabe à Paris, le 14 octobre 2014.
© REUTERS/Jacky Naegelen

Au terme de près d’un an de brouille, les relations France-Maroc reprennent le chemin de l’entente. Face à la menace terroriste, l'échange d'informations est devenu un enjeu trop crucial pour que les deux pays continuent à garder leurs distances. Après la reprise de la coopération judiciaire, la réconciliation pourrait être couronnée par une rencontre informelle ce week-end entre François Hollande et le roi Mohammed VI. Le souverain marocain a en effet rejoint la France, tard vendredi soir, pour une visite privée.

La ministre française de la Justice Christiane Taubira et son homologue marocain, Mustapha Ramid, viennent de mettre fin à une rupture qui a quasiment duré un an. Le roi Mohammed VI ne s'était plus rendu dans l'Hexagone depuis la suspension des accords judiciaires, en février 2014. Pour preuve, commente la presse marocaine, le souverain avait pris cette année ses quartiers d'hiver en Turquie, au lieu de sa traditionnelle résidence en France.

Selon des câbles diplomatiques diffusés sur Internet, une visite d'Etat avait pourtant été évoquée pour le mois d'octobre dernier en marge d'une inauguration d'une exposition à Paris, à l'Institut du monde arabe. Signe que les conditions d'un réchauffement n'étaient pas encore réunies, le Maroc avait finalement été représenté par la sœur du souverain, Lalla Meryem.

La brouille diplomatique s'est envenimée au fil de ces onze derniers mois. En cause, une série de maladresses protocolaires à l'encontre des officiels marocains. Il y a tout d'abord eu l'irruption de la police française dans la résidence de l'ambassadeur marocain, dans le cadre d'une plainte pour torture visant le chef du renseigement du pays. Puis la fouille malencontreuse du ministre des Affaires étrangères un mois plus tard, à l'aéroport Charles-de-Gaulle, en dépit de son passeport diplomatique.

Le Maroc dément avoir exigé de Paris le respect de l'immunité de ses responsables en échange d'une reprise de la coopération. « Sur ces affaires judiciaires très précises, le Maroc voulait avoir la garantie que ces personnages puissent circuler librement en Europe et en France », estime néanmoins Pierre Vermeren, historien du Maroc contemporain. Par ailleurs, « le Maroc voulait faire entendre à la France sa méfiance extrême quant au rapprochement important avec l'Algérie », précise-t-il.

Le crucial besoin d'échange d'informations

Diplomatiquement, cette rupture ne pouvait pas durer plus longtemps. « La France ne peut pas se payer le luxe d'avoir une crise diplomatique durable avec le Maroc », analyse Pierre Vermeren. Car les temps changent et la menace représentée par l'organisation EI sur les territoires nationaux, les filières de recrutement jihadistes et les récents attentats de Paris font bouger les lignes.

« Evidemment, le plus important concerne la " clientèle " franco-marocaine, qui se trouve en Syrie ou en Irak [les jihadistes, NDLR]. On sait qu'il y a au moins un millier de Français présents ou autrefois présents en Syrie ; il y aurait au moins 1 500 Marocains, sans parler des Belges, etc. Parmi les Européens, il y a de nombreux binationaux, et notamment des gens en provenance du Maroc et spécialement du Rif, qui est la grande région de migration vers le nord de la France et le Bénélux », analyse Pierre Vermeren.

Face à une telle situation, le partage de renseignements devient capital pour la sécurité des Etats. « La notion d'information, dans tout cela, est tout à fait centrale, conclut Pierre Vermerem. C'est autour de cette notion qu'il y a pu y avoir cette reprise de la coopération qui risque d'être consacrée par une rencontre entre le roi du Maroc et le président Hollande, puisque, de toute manière, c'est à ce niveau-là que les affaires bilatérales se règlent entre les deux pays. »

Et de continuer : « Etant donné qu'il n'y a déjà pas de coopération avec les services syriens, il est évidemment urgent que Marocains et Français se mettent d'accord. C'est vital pour la stabilité, et [pour gagner, NDLR] la guerre qui est livrée aux Etats arabes par ces organisations. L'échange d'informations est le problème urgentissime, il doit être immédiat. »