Le mythe Oum Kalthoum continue, 40 ans après sa mort

La chanteuse Oum Kalthoum.
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Jusqu’à aujourd’hui, elle reste un monument de la culture orientale. Certains la considèrent simplement comme la plus grande chanteuse du monde arabe. Depuis sa disparition, il y a 40 ans, le 3 février 1975, le mythe Oum Kalthoum continue à rayonner et à inspirer bien au-delà de son Égypte natale.

Elle fait partie de ces chanteurs légendaires comme Elvis Presley, Maria Callas, Bob Marley ou John Lennon qui, même des décennies après leur mort, restent ancrés dans les cœurs des peuples, reflétant ainsi l’expression d’une culture et l’imaginaire des artistes.

Admirée par le président Nasser grâce à sa capacité à susciter l’unité nationale du peuple égyptien en chantant Dieu, l’Amour et la Patrie, la puissance et la pureté de sa voix étaient adulées par les plus grands artistes, dont Marie Callas qui la nomma « La Voix incomparable ». L’aura d’Oum Kalthoum forçait aussi le respect du général de Gaulle qui l’appelait « La Dame ». Mais la plus grande fierté d’Oum Kalthoum était de susciter l’amour du peuple qui lui restait reconnaissant pour la modestie et la solidarité dont la chanteuse faisait preuve durant toute sa vie.

Née dans une famille pauvre

Née au début du XXe siècle (la date exacte n’est pas connue) dans une famille pauvre, la jeune Fatima Ibrahim al-Sayyid al-Beltaguie est la fille d’une femme au foyer et d’un père imam. Ce dernier chante et enseigne le chant pour faire rentrer un peu d’argent à la maison. Très tôt, il détecte le talent inouï de sa fille. Mais dans cette Égypte dominée par la tradition, il n’y a qu’une seule possibilité pour faire chanter sa fille sur scène, en la déguisant en garçon, et cela jusqu’à l’âge de 16 ans.

Par la suite, sa voix irrésistible dotée d’une note masculine très troublante lui fait rencontrer le célèbre poète Ahmed Rami, qui lui va dédier 137 chansons. Le virtuose de luth Mohamed El Qasabj lui ouvre grand les portes du fameux Palais du théâtre arabe. Dans les années 1930, lors d’une tournée triomphale dans les pays arabes, elle conquit les cœurs d’un public de plus en plus vaste, renforcée aussi par ses apparitions au cinéma, dans de nombreux films comme Weddad en 1936, Le Chant de l’espoir en 1937 ou Aïda en 1940.

Une carrière de 50 ans

À cette époque, sa célébrité atteint de tels sommets que les rues du Caire se vident pendant trois heures chaque premier jeudi du mois quand elle donne son concert mensuel à la radio. Sa mort en 1975, après avoir souffert de graves crises néphrétiques, déclenche le même degré de passion que sa carrière qui aura duré plus de cinquante ans. Trois millions de personnes assistent aux funérailles pour pleurer la chanteuse devenue icône nationale, qui avait réconcilié la nation en 1967 avec sa chanson Al Atlal après la défaite militaire de l’Égypte contre Israël.

Dans l’univers musical, même après sa disparition, elle n’a jamais cessé d’être une inspiration pour beaucoup d’artistes. Parmi ses admirateurs se trouvent aussi bien Jean-Michel Jarre que Bono ou Led Zeppelin. En 2004, Youssou N’Dour lui avait rendu hommage avec un orchestre égyptien dans l’album Egypt.

Une ode à la liberté

Récemment, le danseur et chorégraphe tunisien Radhouane el-Meddeb avait exalté Al Atlal (« Les Ruines »), le poème culte du poète égyptien Ibrahim Naji et la chanson la plus populaire et parmi les plus longues (55 minutes) d’Oum Kalthoum sous forme d’une ode à la liberté, réinterprétée dans une chorégraphie extravagante : Sous leurs pieds, le paradis.

En 2013, Jennifer, une jeune Américaine de 23 ans, avait fait sensation au Liban lorsqu’elle avait interprété avec fougue la chanson arabe classique Baid Annak du répertoire de la légendaire chanteuse égyptienne dans l’émission de téléréalité libanaise Arabs Got Talent. Et la star colombienne Shakira n’a pas hésité à interpréter d'une manière sexy la célèbre chanson Enta Omri (« Tu es ma vie »). Malgré l’engagement patriotique d’Oum Kalthoum contre l’État hébreux en 1967, même en Israël des chanteuses reprennent aujourd’hui les chansons de l’« Astre d’Orient » et, depuis 2012, une rue de Jérusalem-Est porte le nom de la vedette arabe.