Sénégal: Macky Sall prêt au dialogue après les récentes manifestations

L'ex-président du Sénégal, Abdoulaye Wade debout dans son 4X4 lors de la manifestation de samedi.
© AFP PHOTO / SEYLLOU

« J'ai entendu la main tendue de Maître Wade et je l'accepterai sans souci », a déclaré lundi le président Macky Sall en marge d'une cérémonie. Il répondait ainsi à l'appel au dialogue lancé samedi par l'ancien président Abdoulaye Wade après le sit-in interdit et réprimé par les forces de l'ordre.

Des gestes d’apaisement dans un climat qui s’est brutalement tendu à Dakar. Cette image du 4X4 d’Abdoulaye Wade forçant un barrage de police sous les gaz lacrymogènes, tel un vieil homme sur son cheval traversant la fumée des revolvers, fait penser à un western. « Abdoulaye Wade déroule ce qu’il sait faire de mieux : sa stratégie de la tension et de la menace, observe l’analyste Mame Less Camara. Même si au fond chacun a bien compris que c’est le sort de son fils qui le préoccupe. »

« Prisonnier politique, réponse politique », avait prévenu l’ancien président. « Mais justement, nous ne sommes pas au Far West et il ne peut pas forcer les portes du bureau du shérif pour libérer son fils », s’insurge-t-on du côté des partisans du président Macky Sall.

Néanmoins, même au sein de la coalition gouvernementale, le débat sur l’interdiction répétée des manifestations au Sénégal est désormais posé. « C’est en interdisant ces marches que le pouvoir donne de l’importance et du crédit à l’opposition. C’est un comble, observe un directeur de publication. Le problème c’est que le procès de Karim Wade traine en longueur depuis six mois déjà. Les derniers rebondissements, boycott des avocats de la défense, démission d’un des juges de la Cour, ne conduisent pas à un climat serein. »

L'interdiction des manifestations dénoncée

Hier soir, lors d’une réunion du comité directeur du PDS, l'ex-président Abdoulaye Wade a une nouvelle fois dénoncé les interdictions de manifester et appelé ses partisans à se mobiliser demain, mercredi. On ne sait pas encore si cette nouvelle marche du PDS sera ou non autorisée par le préfet.

Et lundi, les cinq organisations sénégalaises de défense des droits de l'homme ont publié un communiqué conjoint pour dénoncer la récurrence des interdictions des manifestations de l'opposition.

Nous estimons que le droit de se rassembler et de manifester, comme la liberté d'expression, constituent des droits fondamentaux qui permettent de revendiquer tous les autres droits. Lorsque vous empêchez votre opposition de manifester de façon pacifique, vous ne leur laissez d'autre option que de défier l'autorité.
Seydi Gassama
03-02-2015 - Par Carine Frenk

Le député Mamadou Diop Decroix ainsi que quatre autres responsables de l'opposition qui avaient été arrêtés ce weekend ont été libérés hier. D'autres membres de la Jeunesse libérale seront jugés jeudi prochain.