Tunisie: Ennahda au gouvernement, un calcul risqué pour Nidaa Tounes

Le Premier ministre de Tunisie, Habib Essid.
© REUTERS/Zoubeir Souissi

En Tunisie, le Premier ministre Habib Essid a révisé sa copie et présenté un nouveau gouvernement hier après une première proposition très critiquée la semaine passée. Ce cabinet sera soumis au vote de l’Assemblée mercredi. Il est dominé par le premier parti du pays, Nidaa Tounes, mais il compte moins de technocrates apolitiques que le premier et s’ouvre à davantage de formations, dont les centristes libéraux d’Afek Tounes, mais aussi Ennahda. Une ouverture qui peut paraître contradictoire car Nidaa Tounes avait largement fait campagne contre le parti islamiste qui ne faisait pas partie de la première liste de ministre proposée la semaine dernière.

Cette ouverture est un choix par défaut après l’échec de négociations avec le Front populaire, coalition de gauche et quatrième force de l’Assemblée. « Il nous fallait une base parlementaire suffisamment large et soutenable dans le temps », explique Mahmoud Ben Romdhane, membre de Nida Tounes, nommé ministre des Transports. Or, avec la première liste, il manquait sept voix à Nidaa Tounes et son allié, l’Union patriotique libre pour atteindre une fragile majorité.

« Mais les conséquences de ce nouveau choix peuvent être graves, il va falloir expliquer ce calcul à nos électeurs », poursuit Mahmoud Ben Romdhane. » « Il y a un risque de désaffection du politique », s’inquiète aussi le politologue Hamadi Remissi, tout en reconnaissant qu’il devrait être plus facile pour ce gouvernement élargi de mener des réformes.

La direction du parti islamiste a toujours appuyé une union nationale afin de garantir la stabilité du pays. Le sujet reste néanmoins épineux au sein du mouvement islamiste, confie un de ses cadres. D’autant plus qu’Ennahda hérite d’un portefeuille difficile, celui de l’Emploi, qui cristallise beaucoup d’attentes. Un poste vu par certains comme un cadeau empoisonné.

Je n'ai plus confiance dans les politiciens. Nous, on a voté Nida pour écarter Ennahda ! Ils ont complètement détruit le gouvernement...
Et les Tunisiens, comment voient-ils cette ouverture ?
03-02-2015 - Par Camille Lafrance