[Reportage] Ebola recule au Liberia, mais les stigmates restent

A Monrovia, la famille Garmanyou, voisine de Thomas Éric Duncan, mort d'Ebola aux Etats-Unis.
© RFI/Sébastien Nemeth

Au Liberia, le nombre de cas d’Ebola a fortement baissé. Mais les stigmates de la maladie touchent encore profondément les familles. RFI s’est rendue dans le quartier 72nd Community, à Monrovia. C’est là que vivait Thomas Eric Duncan. En octobre, ce Libérien de 42 ans a été le premier malade diagnostiqué hors d’Afrique et le premier mort aux Etats-Unis. Tous ses voisins avaient été alors mis en quarantaine.

Avec notre envoyé spécial au Liberia

« Je me sens en deuil. Je pleure beaucoup. Alors je mets la musique fort… Sans arrêt… Pour m’éviter de penser. » Rebecca Garmanyou est la voisine de Thomas Eric Duncan. Après sa mort, toute sa famille a été mise en quarantaine. Mais le virus s’était déjà répandu. Sa mère, son père et l'un de ses frères sont morts.

« La quarantaine a duré trois mois car nos proches mouraient les uns après les autres. Tout le monde avait peur de nous. Personne ne voulait nous apporter de l’eau ou de la nourriture. Toutes mes économies ont été dépensées pour survivre, regrette amèrement Rebecca. Mon mari ne travaille pas. On a dix enfants à envoyer à l’école. Je vais au marché vendre de la nourriture, mais ça ne rapporte rien. On a besoin d’aide. »

Son autre frère Yuconjay a aussi survécu, mais le passage d’Ebola l’a complètement anéanti. Un abattement doublé d’un sentiment de rejet. « C'est un terrible virus. Quand il arrive, il tue tout le monde. Il a massacré ma famille devant mes yeux. Je n’arrive pas à m’en remettre. Des fois, quand on est dans la rue, les gens nous pointent du doigt et disent qu’Ebola est toujours chez nous », raconte Yuconjay.

« J’ai envie de leur crier que je suis vivant, que Dieu a choisi de me laisser vivre alors que j’ai porté mes parents malades. Je les ai soignés, ils m’ont vomi dessus, et je suis toujours là. Si Dieu l’avait voulu, je serais mort. » Yuconjay devait rentrer à l’université mi-février, date de réouverture des écoles après sept mois de fermeture. Mais ses parents ne sont plus là pour payer l’inscription. Il ne pourra donc pas aller en cours.