[Reportage] Ebola: au Liberia, des frontières fermées, mais poreuses

La frontière entre le Liberia et la Sierra Leone est fermée depuis sept mois en raison de l’épidémie d’Ebola.
© RFI/Sébastien Nemeth

Depuis sept mois, les frontières entre le Liberia et les pays voisins sont fermées afin de limiter la propagation du virus Ebola. Dans la ville de Bo Waterside, en face de la Sierra Leone, seules les équipes médicales et les missions diplomatiques ont le droit de passer. Mais la frontière est extrêmement poreuse et beaucoup de gens parviennent à traverser en secret.

Avec notre envoyé spécial,

Personne ne passe la barrière frontière du pont de Bo Waterside. Mais en contrebas, sur la rivière Mano, certains traversent discrètement, la nuit, en canoë. Machlin Fahnbulleh, un jeune de la ville, a déjà servi de guide :

« Je connais des chemins pour trouver des passeurs. J'ai toujours refusé d'emmener des narcotrafiquants. Les autres me payaient un ou deux dollars pour que je les guide dans la brousse. Et à leur retour, je menaçais de les dénoncer pour me faire payer encore. Ca c'était quand j'étais au chômage. J'ai une famille à charge, vous savez. Maintenant, j'ai un travail et je ne commets plus de crime. Ebola a fait monter le crime et nous a tous rendus vulnérables. »

Joseph Wiah vend de l'alcool. Il demande au gouvernement de rouvrir la frontière : « Je connais des gens qui vont et viennent. Je vois des véhicules transporter de la farine sierra-léonaise, des oranges, du tabac vers Monrovia. On a toujours eu des problèmes ici. Lors du coup d'Etat de 1985, les mutins sont passés par ici. Si on laisse la frontière comme ça, on ne sait pas ce qui peut se passer. »

La rivière compte 49 points de passage connus. Avec ses 36 hommes, le lieutenant-colonel Brooks, commandant du poste, a bien du mal à tous les contrôler : « Nous n'avons pas de voiture, seulement des motos. Ces traversées clandestines, c'est inquiétant à cause du trafic de drogue, d'armes et aussi d'Ebola. Quand on arrête une personne, on y pense, car on ne sait pas d'où elle vient ni qui elle est. »

En cette saison, la rivière est parfois asséchée et certains passent carrément à pied. La barrière frontalière, elle, reste fermée.