Front de Diffa: état d'urgence et forces en présence

Des soldats nigériens en reconnaissance à la frontière avec le Nigeria.
© RFI/ Nicolas Champeaux

Le gouvernement a pris la décision, en conseil des ministres extraordinaire, de décréter l’état d’urgence dans toute la région de Diffa, mardi 10 février. Plusieurs interpellations ont eu lieu mardi. Côté militaire, les troupes de la coalition anti-Boko Haram se renforcent, alors que les jihadistes optent pour deux stratégies: l'attaque directe et l'opération kamikaze.

L'état d’urgence, dit-on, permettra à l’armée de remplir correctement sa mission : celle d’éradiquer le phénomène de Boko Haram dans cette région. Il accordera des pouvoirs supplémentaires aux forces sur le terrain. Il permettra aussi des perquisitions de domiciles de jours comme de nuit. Jusqu'alors, le groupe terroriste a mené des attaques directe en tirant des obus, mais a également utilisé des kamikaze infiltrés en ville, côté nigérien.
En rencontrant la presse mardi après-midi, le Premier ministre Brigi Rafini a déclaré que ce sont de jeunes Nigériens qui ont séjourné dans les camps d’entraînement de Boko Haram et qui sont revenus attaquer leur propre pays.

La jeunesse de Diffa est en train de s’organiser, a-t-il ajouté, pour dénoncer tous les éléments de Boko Haram. Dans les quartiers, plusieurs interpellations ont d’ailleurs eu lieu mardi. En dehors du couvre-feu déjà opérationnel, les autorités régionales ont interdit toute circulation d’engins à deux roues. Presque tous les kamikazes utilisent ces motos pour perpétrer leurs attentats. Deux d’entre eux ont été tués mardi par les forces armées nigériennes dans la ville de Diffa.

« L’affrontement direct nous effraie moins »

Un homme qui escaladait le mur de la garnison de Diffa a été abattu par des soldats. Les forces de sécurité sont en alerte : elles confirment que deux attentats kamikazes ont secoué Diffa, dimanche et lundi. « Notre plus grand souci, c’est l’attentat, il est difficile de le prévenir. On ne connaît pas à l’avance les objectifs, l’affrontement direct nous effraie moins », a confié à RFI une source militaire à Diffa.

Les contrôles des véhicules à l’entrée de la ville sont renforcés, les coffres des voitures sont inspectés. Les soldats recherchent en particulier des explosifs. « Les villageois coopèrent plus qu’avant et nous donnent des renseignements maintenant qu’ils voient comment la menace se manifeste concrètement », a affirmé une autre source policière. Le gouverneur de Diffa a néanmoins encouragé la population à dénoncer les assaillants qui se cachent dans des maisons. Les suspects arrêtés sont transférés à Niamey. Le grand marché du mardi a été annulé hier à la demande des commerçants, dans une ville de Diffa qui se vide progressivement de sa population.

Mais que la population de Diffa se rassure, a indiqué pour sa part le ministre de l’Intérieur. Selon Hassoumi Massaoudou, Boko Haram ne prendra aucune ville du Niger. Pour soulager les soldats au front depuis plusieurs mois, le gouvernement vient de doubler leur indemnité de sujétion de 1 500 francs CFA par jour et monte donc à 3 000 francs pour toute la période de mobilisation.

5 000 hommes du côté de la coalition

L'armée nigérienne s'est déployée, aux côtés de l'armée tchadienne. Elle opère depuis le camp de la zone de défense 5. Côté nigérien les effectifs militaires sont estimés à 3 000 hommes. Les Tchadiens auraient quant à eux envoyés 2 000 hommes. En Face, côté Nigérian, Boko Haram pourrait aligner 5 à 700 hommes, d'après des sources locales.
Les forces armées nigériennes (FAN) ont également déployé leur artillerie.

Certains éléments des FAN avaient participé aux opérations dans le nord du Mali, et disposent donc d'une expérience au combat. Mais les hommes de Boko Haram, sont également aguerris, et manoeuvrent de manière efficace comme l'ont prouvé les récents combats à Fotokol côté camerounais. Au fil des attaques, les miliciens de Boko Haram ont récupéré des pièces d'artillerie, des blindés, et des pick-up, armés de mitrailleuses et parfois de bi-tube de 23 mm. Bien assez pour abattre un aéronef.

Les Tchadiens ont déployé leurs hélicoptères Mil-mi 24, les Nigériens, au moins un exemplaire. Le Niger a également acquis 2 Sukhoi 25, des bombardiers qui ont été vus en vols récemment à Niamey. L'armée de l'air française n'est pas loin au Tchad, mais également dans la capitale nigérienne avec des chasseurs bombardiers, des ravitailleurs et des drones. Si elle est capable de mener des tirs d'appuis à Niger, elle n'a pas été sollicitée à ce jour. Officiellement, la participation de l'armée française se limite aux renseignements et à l'aide à la coordination.

Les ennemis que nous avons en face de nous sont des ennemis de la paix et de la liberté
Marou Amadou, porte-parole du gouvernement nigérien
11-02-2015 - Par Laurent Correau

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