De gauche à droite: Angela Merkel, Vladimir poutine, François Hollande et Petro Porochenko, lors d'une précédente rencontre à Milan, en octobre 2014.
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Minsk accueille ce mercredi 11 février un sommet quadripartite de la dernière chance pour la paix dans l’est de l'Ukraine. Les présidents ukrainien, russe, français et la chancelière allemande vont se retrouver en fin d'après-midi pour tenter, une énième fois, de parvenir à un cessez-le-feu. Tandis que la diplomatie russe se veut rassurante ce mercredi, le président ukrainien prévient : en cas d'escalade, ce sera la loi martiale dans toute l'Ukraine. Quant aux Américains, ils annoncent qu'ils vont participer à la formation des troupes ukrainiennes.

Il fallait bien que la paix en Europe soit en jeu pour que Minsk, capitale d'un pays considéré comme la dernière dictature du continent, accueille les dirigeants français et allemands, aux côtés des chefs d'Etat russe et ukrainien. « Sommet de la dernière chance », c’est ainsi qu’un bon nombre d’observateurs et de diplomates qualifient le rendez-vous. Selon eux, les espoirs sont minces car les désaccords sont pléthores.

Même François Hollande, grand optimiste d’ordinaire, s’est montré lucide et mesuré, lors de sa conférence de presse semestrielle cette semaine, sur les chances réelles de parvenir à un accord de paix. Le président français dit pourtant qu’il part à ce sommet avec « la ferme volonté d'aboutir ».

Depuis une semaine, les diplomates européens s'activent pour éviter « la guerre », dixit M. Hollande (son ministre de la Défense parle quant à lui d’un risque de « guerre totale »). De son côté, lors de sa visite à Washington, Angela Merkel s'est employée à convaincre les Américains de la justesse de la démarche franco-allemande, tandis qu’aux Etats-Unis, les faucons poussent à l'envoi d'armes en Ukraine.

Il ne faut pas que ce soit un accord de papier, mais qu'il soit traduit sur le terrain
Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères
11-02-2015 - Par France Inter

Groupe de contact : Sergueï Lavrov évoque des « progrès notables »

Ce mercredi matin, le commandant de l'US Army en Europe a annoncé que les Etats-Unis allaient participer à la formation des troupes ukrainiennes engagées dans les combats, et ce à partir de mars avec l'envoi d'un bataillon. La veille, Barack Obama avait décroché son téléphone pour enjoindre Vladimir Poutine de privilégier la paix à la guerre, rapporte notre envoyée spéciale à Minsk, Muriel Pomponne.

Mais de quelle paix parle-t-on ? Pour la chancelière allemande, le respect de l'intégrité territoriale de l'Ukraine n'est pas négociable, faute de quoi c'est la paix dans toute l'Europe qui sera bel et bien menacée.

Officiellement, Moscou ne veut pas toucher aux frontières de l'Ukraine. Alors, quel sera le statut de ce pays ? Quel sera celui des régions séparatistes (à peu près la moitié du Donbass, la région minière de l’est de l’Ukraine) ? Qui contrôlera la frontière ? Même l'établissement d'un cessez-le-feu pose problème, alors que les séparatistes gagnent du terrain.

Sur ce sujet, le groupe de contact, qui permet aux rebelles de dialoguer avec Kiev, s'est réuni hier mardi. D'après l'agence russe Tass, un accord serait en vue. On n’en connait pas le détail, mais le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov confirme que des « progrès notables » ont été enregistrés.

Les pro-russes disent avoir le contrôle des accès à Debaltseve

Une grande inquiétude règne néanmoins à Kiev, comme en témoigne notre envoyé spécial sur place Régis Genté, qui rappelle que le président ukrainien Petro Porochenko a lui aussi parlé de l’une des dernières chances de résolution diplomatique à cette guerre qui a cours dans l’est de son pays. Les habitants de la capitale sont graves et ont le sentiment qu’il s’agit d’une journée cruciale pour le futur et l’indépendance de l'Ukraine.

Le président a affirmé ce mercredi qu'en cas d'escalade, il décrètera la loi martiale dans toute l'Ukraine. Quant aux gens des cercles politiques ukrainiens avec qui nous nous entretenons, ils sont pessimistes et se sentent abandonnés à leur sort par les Européens et les Américains, soucieux selon eux de ne pas provoquer une escalade. À leurs yeux, cette position revient à laisser les Russes s’imposer par les armes.

Ce pessimisme ambiant est encore accru par le fait qu’à Kiev, on observe que Vladimir Poutine fait monter la pression sur le terrain, par l’intermédiaire des groupes séparatistes. Beaucoup de tirs meurtriers ont eu lieu ces derniers jours. Kiev parle de 19 morts parmi ses soldats ces dernières 24 heures. Mais surtout, les rebelles viennent d’annoncer avoir désormais le contrôle du principal accès routier de Debaltseve.

C'est une négociation extrêmement lourde, mais c'est une négociation de la dernière chance
Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères
11-02-2015 - Par France Inter

Les Russes ne veulent pas que l'Ukraine se rapproche de l'Otan

La ville de Debaltseve est un nœud ferroviaire entre l’Ukraine et la Russie, et un pont stratégique entre les régions de Donetsk et Lougansk, déjà sous contrôle séparatiste. Kiev affirme que les combats continuent autour de la ville, alors que de nombreux soldats ukrainiens sont retranchés à l’intérieur.

A l’aune d’une telle situation, la partie de Kiev est-elle prête à signer un document à Minsk ? Il semble que oui, mais pas à n’importe quel prix. Des figures politiques de la majorité disent que l’Ukraine est prête à donner une forme d’autonomie aux régions pro-russes, mais qu’il est hors de question de parler de fédéralisation de l’Ukraine, ce que Moscou semble exiger pour prévenir encore davantage un éventuel rapprochement entre l’Ukraine, l’UE et surtout l’Alliance atlantique.

Quoi qu’il en soit, la partie ukrainienne semble se refuser à traiter directement avec les autorités séparatistes, considérées comme des marionnettes. Mais sur le terrain, on fait bien comme on peut. Dans la région de Donetsk par exemple, à Kramatorsk plus précisément, Oleksandr Kikhtenko dit continuer à entretenir des relations techniques et humanitaires avec les séparatistes. Il faut dire qu’il est le gouverneur d’une région qui rétrécit pratiquement de jour en jour.

Sur le terrain, on observe au loin la vague lueur d'une paix inespérée

M. Kikhtenko a reçu notre correspondant en Ukraine Sébastien Gobert dans son bureau improvisé à la mairie de Kramatorsk, ville qui est restée fidèle à Kiev. A l’aune des pourparlers de Minsk, que chacun sur place perçoit comme un moment crucial, il parle librement de la situation. Avec le bombardement meurtrier qui s’est abattu sur Kramatorsk, tout ce que l’administration régionale avait tenté de reconstruire au fil des derniers mois pourrait s’écrouler.

Pour lui, nul doute : pour contrer l’œuvre de déstabilisation en profondeur de Moscou, il faut que les négociations aboutissent. « Je ne vois pas de solution militaire à cette situation. Avant, les actions militaires auraient pu aboutir à une conclusion. Mais maintenant, ce n’est plus possible. Ce conflit doit évidemment être réglé par des moyens diplomatiques », confie-t-il.

Sa mission en tant que gouverneur nommé par le président Petro Porochenko semble surhumaine ; les personnes déplacées se comptent par milliers, l’économie est en berne, les infrastructures ruinées, les industries ferment, la situation écologique est calamiteuse. « Chaque jour, le bilan humain s’alourdit, dit Oleksandr Kikhtenko. Ce qui m’attriste le plus, ce sont les pertes civiles. Les habitants pacifiques de la région ne devraient pas être partie de ce conflit. » Alors, le gouverneur et nombre de ses administrés veulent la paix, quelle qu’elle soit.

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