En Afrique, le phénomène des enfants soldats reste une préoccupation

Un enfant soldat photographié le 6 janvier 2015 à Aveba, dans la province orientale de la RDC.
© MONUSCO/Abel Kavanagh

Ce jeudi 12 février est la Journée internationale des enfants soldats. Un phénomène qui touche près de 300 000 enfants et que l'on retrouve dans plusieurs pays en crise sur le continent africain. Régulièrement, les Nations unies et les ONG de protection des droits des enfants se mobilisent contre ce phénomène. Il y a peu de statistiques récentes sur l'enrôlement de jeunes filles et garçons mineurs par des milices, mais ce phénomène est présent dans les dernières crises qui ont frappé le continent.

En Centrafrique par exemple, l'ONG Save the Children compte « jusqu'à 10 000 enfants soldats » recrutés par des milices impliqués dans le conflit. Un chiffre qui a été multiplié par quatre depuis le déclenchement de la crise en RDC. Selon cette ONG, certains mineurs ont été contraints par la force de prendre les armes, d'autres en échange de petites sommes d'argent, ou bien tout simplement pour être nourris et vêtus.

Toujours selon Save the Children, qui a recueilli plusieurs témoignages de jeunes soldats, certains ont été enrôlés pour protéger leur famille ou leur proche. Sur le terrain, ces mineurs sont entraînés à combattre dans des conditions difficiles, d'autres sont contraints de transporter des provisions.

Un phénomène nouveau au Mali

On retrouve un phénomène similaire, selon les Nations unies, en Ouganda, en RDC, au Soudan et au Mali. C’est d’ailleurs la première fois que le Mali apparaît dans un rapport de l’ONU sur les enfants et les conflits armés. Cela concerne surtout l'année 2012. Cette organisation accuse les groupes islamistes, les rebelles touaregs et les milices pro-gouvernementales d’avoir exploité et recruté des centaines d’enfants durant le conflit dans le nord du pays.

Par ailleurs, l'été dernier, Amnesty International avait mené une enquête qui venait compléter ces accusations. Cette ONG avait alors recueilli une série de témoignages auprès de jeunes, qui sont aujourd’hui détenus à Bamako dans des conditions difficiles. Amnesty avait alors vivement dénoncé le fait que ces enfants avaient été forcés à prendre les armes et subi des actes de tortures par des adultes.

Les législations en matière de protection des enfants sont encore très faibles, voire peu appliquées. Il y a d'abord le plaidoyer, avec les Nations unies qui tentent d'imposer des normes sur le droit des enfants. Mais aussi des ONG qui produisent régulièrement des rapports pour dénoncer ce phénomène. Et sur le terrain, certains organismes tentent de « récupérer » ces enfants, de les accompagner pour les réinsérer dans la société. Par exemple en RDC, l'Unicef, a assisté quelque 1 750 enfants soldats, parmi lesquels on comptait 585 jeunes filles. Pour aider leur réinsertion, ces enfants sont placés, pour certains, dans des familles d'accueil. On leur fournit des vêtements, des chaussures afin qu’ils ne soient pas un poids financier pour leur famille adoptive.

L'Unicef a mené le même type d'action au Burundi fin 2009, pour assister près de 136 enfants. Des jeunes, qui ont été soutenus en terme de logistique : ils avaient un « trousseau » avec de la nourriture et des habits. Enfin, il a surtout fallu les scolariser de nouveau.

Des avancées judiciaires

Les rapports des ONG sont toujours négatifs à ce sujet, mais il y a eu des avancées ces dernières années, notamment dans le domaine judiciaire où certains anciens chefs de guerre sont poursuivis par la justice internationale.

On pense bien évidemment à Charles Taylor, l'ancien président du Liberia, qui après un procès-fleuve de près de quatre ans, a été condamné en 2012 à 50 ans de prison. Parmi les 11 chefs d'inculpation formulées par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone figurait l'enrôlement d'enfants soldats.

On peut aussi citer le cas du Congolais Thomas Lubanga, qui a été jugé coupable de crimes de guerre commis en RDC. Il était le chef des opérations militaires de l'UPC, l'Union des patriotes congolais, un groupe armé accusé de nombreux actes de violence de 2002 à 2003, commis dans l'est de la RDC, notamment en Ituri. Cet ancien chef de guerre congolais a été reconnu coupable d’avoir enrôlé, conscrit et fait participer activement des enfants de moins de 15 ans à des hostilités. Il avait été condamné à 14 ans d'emprisonnement en 2012 et récemment, en décembre, la chambre d'appel de la CPI a confirmé cette peine.