[Reportage] Sur les rives du lac Tchad, les cendres de Ngouboua

13 février 2015. De Ngouboua, petit village sur les rivages du lac Tchad, il ne reste que ruines et cendres. Alors les familles restantes ont rassemblé leurs dernières affaires et s'apprêtent à quitter leur lieu de vie.
© AFP PHOTO / STEPHANE YAS

Pour la première fois, les islamistes de Boko Haram ont mené une attaque en territoire tchadien. Les assaillants se sont infiltrés sur les rives du lac Tchad qu'ils ont traversé avec plusieurs hors-bords. Le bilan officiel fait état d'un mort et quatre blessés chez les militaires tchadiens. Le chef de canton a également été tué par une « balle perdue ». Côté Boko Haram, deux combattants ont été tués dans la riposte et cinq autres blessés.

Avec notre envoyé spécial à Ngouboua,

La presqu'île de Ngouboua est un champ de ruines ce vendredi après-midi. Des décombres de maisons brûlées, l'odeur du bétail et des céréales calcinés embaument le village. On croise de temps à autre des habitants, qui avec un baluchon sur la tête, qui les bagages derrière la moto cherchant à quitter le village.

La majorité de la population a fui en direction de Baga Sola, plus éloignée des rives du lac Tchad. « Nous ne voulons plus rester ici, explique un mécanicien. Mon voisin a été égorgé », et une autre voisine est morte dans l'incendie de sa maison.

Une autre dame rencontrée sur la rive du lac raconte : « J'ai fui le Nigeria pour me réfugier ici. Les Boko Haram viennent encore attaquer ici. Je cherche à partir le plus loin possible avec mes enfants. »

Pendant que nous discutions, le gouverneur de la région du lac, le général Bayana Kossingar, arrive à la tête d'un convoi militaire. Pour lui, c'est un coup médiatique que Boko Haram a réalisé. Il y a eu autant de dégâts parce que, dit-il, « les maisons et les clôtures sont en paille donc facilement inflammables. Nous sommes là pour rassurer les populations et les encourager à rester. Nous allons aussi renforcer le verrou militaire sur les eaux du lac. C'est la dernière fois qu'ils viennent frapper ici », promet le gouverneur.

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« Boko Haram n'est pas seulement un problème africain », selon l'UA

C'est dans ce contexte que le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine et le Comité politique et de sécurité de l'Union européenne, ont achevé leur visite au Mali. Une visite conjointe inédite pour évoquer les questions de sécurité dans le pays et la région. 

« L'Union africaine a réalisé l'ampleur de la menace, a déclaré la présidente du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine Anna Namakau Mutelo au micro de RFI. Non seulement pour le Nigeria, mais pour tout le continent. Nous nous sommes emparés du sujet de manière commune, les experts se sont réunis pour monter une force multidimensionnelle afin de se battre contre Boko Haram. Cette force impliquera les pays de la région saharo-sahélienne et les pays de la Communauté économique des pays d'Afrique de l'ouest. Et les pays de la région - Cameroun, Niger, Tchad - coopèrent déjà ensemble contre Boko Haram. »

« Mais vous savez, Boko Haram est un problème de terrorisme. Ce n'est pas un problème africain, c'est une question liée au terrorisme : d'où viennent les armes de Boko Haram ? D'où viennent les financements de Boko Haram ? Nous ne devons pas considérer le problème uniquement dans son contexte africain, c'est un problème global, de terrorisme, et c'est pourquoi nous avons aussi besoin du soutien de nos partenaires de l'Union européenne, des Nations unies, du monde entier, pour endiguer le terrorisme, et pas seulement Boko Haram. »

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