Le Nigeria demande l'aide des Etats-Unis pour combattre Boko Haram

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a rencontré le président Goodluck Jonathan à Lagos, le 25 janvier 2015.
© REUTERS/Akintunde Akinleye

Le président nigérian Goodluck Jonathan demande l'aide des Etats-Unis pour venir à bout de Boko Haram. Il l'a dit dans un entretien au Wall Street Journal. Le groupe islamiste attaque en effet sur plusieurs fronts et l'instabilité a poussé les autorités à reporter la présidentielle qui devait se tenir ce samedi. Le président nigérian semble désormais favorable à un appui étranger.

Dans cet entretien accordé au Wall Street Journal, Goodluck Jonathan présente les Etats-Unis comme un pays allié. Ce sont, selon ses mots « nos amis. Si le Nigeria a un problème, explique-t-il, eh bien j’attends des Etats-Unis qu’ils viennent nous aider ». Et le président de poursuivre : « Est-ce qu’ils ne sont pas en train de combattre l’EI (le groupe Etat islamique ) ? Pourquoi ne viennent-ils pas au Nigeria ? ».

C’est en tout cas une déclaration importante, puisque l'armée nigérianne a bien du mal à faire face aux nombreuses agressions de Boko Haram. D’autant que le report de la présidentielle était motivé par l’insécurité dans le nord-est du pays. Les islamistes de Boko Haram ont pris ce samedi durant quelques heures la ville de Gombe, dans le nord-est du pays, faisant fuir les civils. Ils sont finalement partis en début d'après-midi. Les autorités ont décrété un couvre-feu dans tout l'Etat de Gombe.

Mais derrière cette annonce, plusieurs questions restent en suspens : s’agit-il d’une aide logistique, humaine, de renseignement et jusqu’à quel point les Etats-Unis sont-ils effectivement prêts à apporter leur soutien ? En fin de semaine, le porte-parole du Pentagone s’est montré bien plus prudent, en affirmant qu’aucun projet d’« envoyer ou d’ajouter de nouveaux soldats américains au Nigeria » n’était à l’ordre du jour.

Un contexte compliqué à gérer pour le président nigérian

Il y a d'abord des enjeux internes, avec une campagne électorale émaillée de violences, qu'il faut donc sécuriser. Sur une période de 50 jours depuis décembre, la Commission nationale des droits de l'homme a enquêté sur plus de 60 incidents liés à la politique. Des incidents répertoriés dans 22 Etats et qui ont causé, selon cette commission, la mort de 58 personnes.

A cela s'ajoutent les agressions répétées de Boko Haram dans le nord-est du pays. En s'attaquant également au Cameroun, au Niger et tout dernièrement au Tchad, le groupe islamiste tente de marquer des points. Or l'armée nigériane semble dépassée par ces événements. D'où l'entrée en jeu, la semaine dernière, de militaires tchadiens qui sont intervenus à Gambaru, en vertu d'un accord militaire bilatéral entre les deux pays.

Changement de cap 

Jusqu'il y a peu, Goodluck Jonathan tenait à montrer qu'il était capable de régler seul la question Boko Haram, l'aide étrangère ne devant se borner qu'à l'approvisionnement en matériel, en renseignement ou à la formation de militaires. Fin 2014, par exemple, alors que Washington refusait de vendre des armes létales à Abuja, le Nigeria décidait de suspendre la formation que les Américains dispensaient à un bataillon nigérian. L'appel du président nigérian à l'envoi par Washington de troupes pour combattre Boko Haram apparait donc aujourd'hui comme un changement de cap.

En quelques semaines, l'attitude d'Abuja avec ses voisins semble avoir aussi changé sur cette question. Le 20 janvier à Niamey, le Nigeria n'avait pas daigné se faire représenter à la réunion régionale sur la lutte contre Boko Haram. Pourtant, deux semaines plus tard, le Tchad menait sa première incursion contre le groupe armé, en territoire nigérian.

Entre temps, une force régionale de 8 700 hommes a été créée pour lutter contre les insurgés. Une force qui lorsqu’elle sera pleinement opérationnelle, théoriquement fin mars, aura la possibilité d'intervenir librement sur le sol nigérian. Ce qu'Abuja refuse pour le moment aux Camerounais, par exemple. Des Camerounais, qui comme les Nigériens, attendent de leur côté de la frontière.