[Reportage] Liberia: les écoles rouvrent, mais Ebola est passé par là

L'école de West Point, à Monrovia, avait été transformé en centre d'isolement pour malades d'Ebola.
© AFP PHOTO / ZOOM DOSSO

Sept mois que des millions d'élèves, étudiants, professeurs et parents attendent. Ce lundi c'est jour de rentrée scolaire au Liberia. Un rendez-vous particulier alors que les établissements sont fermés depuis août pour cause d'épidémie d'Ebola. Bon nombre des quelques 5 000 établissements du pays vont d'ailleurs avoir du mal à ouvrir, comme la NV Massaquoi elementary and Junior High School. C'est la seule école publique de West Point, le bidonville de Monrovia et ses plus de 70 000 habitants. Le site avait été attaqué en août dernier. Aujourd'hui, il inspire encore la crainte.

Les murs du bâtiment portent encore les traces des violences d'août dernier et l'entrée principale reste fermée avec un cadenas. La NV Massaquoi school fait toujours peur et rares sont ceux qui osent y entrer. En juillet dernier, elle avait été transformée en centre d'isolement pour malades d'Ebola. Le site avait alors été attaqué par des riverains armés, entraînant la mise en quarantaine de tout le quartier et des émeutes.

Le principal de l'école, Gleh Mason, estime que rien n'est prêt pour la rentrée : « Le bâtiment a besoin d'une rénovation totale parce que des malades y sont morts, explique-t-il. Cet incident a brisé la confiance des parents. Les gens l'appellent encore "l'école Ebola". Donc pour restaurer cette confiance, il faut faire des travaux et brûler tout ce qui est dedans. Ça aidera à rassurer les 1 000 élèves qui sont inscrits ici. Si rien n'est fait, nous ne risquerons pas nos vies, ni celle des étudiants. Vous savez ce que ça veut dire. »

Blamo M Blamo est professeur d'anglais. Il n'a pas exercé son métier depuis l'été dernier. Mais pour lui, pas question d'enseigner dans ses conditions : « L'endroit n'est pas sûr, estime-t-il. Ce n'est pas prudent d'ouvrir dans ces conditions. Si ce n'est pas rénové, je ne demanderai pas aux étudiants de rester chez eux. Mais les parents connaissant la situation, ils ne voudront pas risquer la vie de leurs enfants. Pour ma part, si je n'ai aucune mesure de protection, comment pourrai-je aller en classe ? Moi je viens pour les élèves. S'ils sont absents, ça n'a pas de sens que je sois là. »

Seule école gratuite du bidonville, sa réouverture permettrait de soulager des parents déjà pris à la gorge par une économie en panne à cause d'Ebola. Mais dans le climat actuel, le portail a de grandes chances de rester fermer.