Burundi: la prison de Muramvya devient un lieu de rassemblement

Bob Rugurika, directeur de la radio RPA, est incarcéré depuis le 20 janvier.
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Au Burundi, le directeur de la Radio publique africaine (RPA), Bob Rugurika est en prison depuis le 20 janvier. Il a été emprisonné notamment pour complicité d’assassinat de trois religieuses en septembre 2014 à Bujumbura, suite aux révélations de sa radio qui mettaient en cause de hautes personnalités burundaises. Lundi 16 février, la cour d’appel de Bujumbura s’est rendue à la prison de Muramvya, une cinquantaine de kilomètres à l’est de la capitale où il est incarcéré, pour statuer sur sa demande de liberté provisoire en appel avant de donner sa réponse dans les 48 heures.

Des dizaines de personnes, venues soutenir le directeur de la plus populaire radio burundaise, se sont massées lundi devant la prison de Muramvya, comme ils le font chaque jour depuis son transfert dans ce coin. La petite prison nichée en plein cœur de la ville de Muramvya, au centre du Burundi, est devenue quasiment un lieu de pèlerinage. Chaque jour, des dizaines de personnes affluent de tout le pays pour voir le directeur de la RPA.

Ferdinand, la trentaine, est venu d’une province voisine. « Je suis venu soutenir Bob avec les autres, parce qu’il est victime d’une injustice, explique-t-il. Au lieu d’enquêter sur ses révélations, ils ont décidé de l’emprisonner. » Yvette est une jeune fille de 21 ans qui habite dans les environs. Elle est là presque tous les jours : « Il a fait ce qu’il devait faire. Le pauvre s’est sacrifié car il a dit ce que les autres n’osaient pas dire. On devrait plutôt arrêter les responsables accusés et les interroger. »

Un chapelet du nonce apostolique

Même chose pour ce jeune homme qui a pris le pseudonyme de « Démocrate ». Il en est à son troisième voyage depuis sa lointaine province de Cibitoke, dans le nord-ouest du Burundi. « C’est un journaliste qui s’est sacrifié et qui aime son métier, c’est pour ça que je suis ici à Muramvya, justifie-t-il. Et je reviendrais tant qu’il sera en prison. »

De simples paysans, des chefs religieux, des leaders de la société civile, des présidents de partis et même des ambassadeurs, chaque jour, Bob Rugurika reçoit de nombreuses visites. De quoi réjouir l’Union burundaise des journalistes. « Il faut continuer, il ne faut pas se lasser bien évidemment tant qu’il restera en prison », souligne son président, Alexandre Niyungeko. Lundi, Bob Rugurika avait un très large sourire et affichait un moral d’acier. Il porte depuis quelques jours autour du cou, un chapelet que lui a offert le nonce apostolique au Burundi, venu lui apporter son soutien en personne. Tout un symbole.