Niger: le bombardement d’Abadam est-il une bavure?

Des soldats nigériens en reconnaissance à la frontière avec le Nigeria, janvier 2015.
© RFI/Nicolas Champeaux

Que s'est-il passé mardi 17 février à Abadam, une petite ville du Niger frontalière avec le Nigeria à une dizaine de kilomètres de Bosso ? Suite au largage d'une bombe, au moins 36 personnes ont été tuées et plus d'une vingtaine blessées, alors qu'elles assistaient à une cérémonie funéraire dans une mosquée. Trois jours de deuil national ont été décrétés dans le pays et une enquête a été ouverte avec cette question: qui est à l'origine de ce qui ressemble à une bavure ?

Abadam est une localité à cheval sur la frontière avec le Nigeria. La partie nigériane d'Abadam a été investie par Boko Haram, il y a quelques mois provoquant un afflux d'habitants vers le côté nigérien. Mais la peur pousse tout le monde à la nuit tombée, à dormir en brousse et à ne revenir qu'au matin.

La bombe meurtrière s'est abattue sur une mosquée, mardi vers 16h30, à l'heure d'une cérémonie funéraire, du côté nigérien. Des dizaines de personnes sont dans la mosquée, pour rendre hommage à un vieillard mort trois jours auparavant. Selon un témoin qui se trouvait sur place, la mosquée a été détruite et quatre maisons alentours également. L'explosion a fait de nombreuses victimes, notamment des femmes et des enfants à l'intérieur des habitations. Le chef de village et deux de ses enfants ont aussi été tués.

Ce même témoin assure avoir vu deux avions dans le ciel. Le premier a largué deux bombes à plus d'une centaine de mètres d'Abadam, et c'est le second avion qui aurait largué la bombe sur la mosquée. L'appareil volait à basse altitude et portait selon plusieurs témoignages les couleurs verte et blanche du Nigeria.

Le Nigeria a-t-il mené un raid contre les éléments de Boko Haram qui se trouvent dans la zone depuis quatre mois, juste de l'autre côté de la frontière ? Le regroupement des habitants pour la cérémonie funéraire a-t-il été pris par mégarde, pour un rassemblement de Boko Haram ? Le porte-parole de l'armée nigériane affirme pour l'instant ne pas avoir eu connaissance d'un tel incident. Le Niger et le Tchad qui patrouillent dans la zone excluent eux aussi toute responsabilité dans le largage de la bombe meurtrière.

Si la bavure venait à être confirmée, elle s'inscrirait dans un contexte déjà tendu entre les deux voisins. La semaine dernière, des responsables des deux pays s'étaient invectivés publiquement sur les réseaux sociaux à propos de leurs armées respectives.

→ À la Une de la presse africaine, des « bombardements fantômes »

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.