[Reportage] Niger: Bosso ville fantôme après l’attaque de Boko Haram

Bosso après l’attaque de Boko-Haram
© RFI/Madjiasra Nako

Les forces tchadiennes engagées dans la lutte contre la secte islamiste Boko Haram sont déployées à Bosso aux côtés des forces nigériennes avec lesquelles elles ont affronté, le 6 février dernier, les islamistes. Depuis, cette ville du sud-est du Niger, vidée de ses habitants, est tenue par les deux armées qui constituent la force mixte.

De notre envoyé spécial,

Le camp des forces mixtes, situé à l’écart de la ville, est le seul endroit où se manifeste une présence humaine. Dès qu’on s’en éloigne pour arriver dans la ville, ce sont des rues désertes, un silence pesant. Ici, une cour avec des chambres aux portes entrouvertes, là des chèvres qui mangent des grains de maïs à travers un sac déchiré. Dans certaines cours, on peut apercevoir des ustensiles de cuisine éparpillés, des chiens couchés à l’ombre d’un muret ou d’un savonnier. De temps à autre, des poules traversent une rue en courant, mais aucune présence humaine. Les habitants de Bosso ont déserté la ville après les combats de début février. « Ils sont partis plus loin, vers Diffa avec les réfugiés nigérians qui s’étaient installés initialement », renseigne un soldat nigérien qui précise que « de temps à autre, quelques courageux reviennent en journée à l’aide de porte-tout pour récupérer des provisions ».

En s’éloignant de la ville vers le fleuve, on croise des soldats postés le long de la rive de la rivière Kamdougou Yobé qui sert de frontière naturelle entre le Niger et le Nigeria. Au loin, on aperçoit un pylône. C’est la ville nigériane de Malamfaturi. « Les islamistes ne sont pas loin. On peut les apercevoir passer de temps à autre. Il leur arrive de planter leurs drapeaux. Parfois, ils se prennent à nous tirer dessus. Nous répliquons quand c’est nécessaire », explique le colonel Nguinambaye Bardé, un des chefs d’unité de l’armée tchadienne. Il arrache une jumelle de sa ceinture et inspecte l’horizon. Il n’y a rien.

Sur la rive du côté nigérien, plusieurs guetteurs de l’armée tchadienne ont été installés dans des champs de piments aux récoltes abandonnés. Après l’attaque des islamistes, les populations se sont enfuies sans avoir eu le temps de récupérer leurs récoltes. Aux abords des champs des traces de pelleteuse. « Ce sont les tombes des éléments de la secte islamiste tués pendant les combats du 6 février. On avait compté de façon sommaire 250 tués, mais au moment de procéder à l’enterrement on s’est rendu compte qu’on en a tué plus de 400 », explique le colonel Azem Bermandoa, porte-parole de l’armée tchadienne.

« L’alerte est permanente »

L’armée nigérienne présente à Bosso a dû faire appel à la Croix-Rouge pour inhumer les corps des islamistes qui commençaient à ses décomposer au soleil. C’est en enterrant les morts qu’on a réalisé l’ampleur du massacre qui a eu lieu le 6 février aux portes de Bosso.

En progressant sur la rive en direction de l’Est, les fosses refermées par la pelleteuse sont de plus en plus larges. On aperçoit aussi des douilles de divers calibres. Dans les champs de piments, quelques roquettes non explosées. On arrive auprès d’un pick-up abimé avec des inscriptions en arabe sur les portières. C’est un des véhicules de Boko Haram détruit pendant les affrontements. A l’arrière du pick-up, seule la tige sur laquelle a été monté le canon utilisé par les islamistes est encore là. L’arme a été démontée après la bataille. Plus loin un deuxième véhicule cabossé. Il a été tamponné par un char. A côté, des vêtements. Dans la cabine, quelques ampoules, de la vitamine K et des comprimés. « Ce sont des antirétroviraux », renseigne le capitaine-médecin Dieudonné du service médical du contingent tchadien. Dans la boîte qui contient 60 comprimés, il ne reste que six. « C’est dire qu’il est à 27 jours de prise », renseigne le médecin.

Un jeune soldat rigole en regardant les fosses communes, « les islamistes ont sous-estimé notre force de frappe, ils en ont eu pour leur grade », lance-t-il en caressant le capot d’une Toyota cabossée pendant les affrontements.

Après les affrontements du 6 février, une deuxième escarmouche a eu lieu le 8 février un peu plus loin de Bosso. Une dizaine de membres de Boko Haram ont été tués. Deux soldats tchadiens blessés. Depuis, seuls des tirs sporadiques viennent perturber le calme du camp où selon un officier tchadien « l’alerte est permanente ». En attendant sans doute l’ordre de traverser la rivière Kamdougou Yobé et de monter à l’assaut.