Côte d’Ivoire: à la barre, Simone Gbagbo livre sa version des faits

Simone Gbagbo devant la cour d'assises d'Abidjan, lundi 23 février 2015.
© REUTERS/ Thierry Gouegnon

A Abidjan, la première partie du procès en assise de 83 accusés pour atteinte à la sûreté de l’Etat s’est conclue ce lundi par la comparution de Simone Gbagbo. L’épouse de l’ex-chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, a été entendue par le jury et n’a reconnu aucun des motifs de l’accusation retenus contre elle. A la barre, elle a raconté sa version de la crise post-électorale de 2010-2011.

Cela faisait quatre ans, depuis son arrestation, que Simone Gbagbo ne s’était pas exprimée en public. Elle avait promis de le faire à « satiété » et de ce point de vue, son auditoire de la cour d’assises n’a pas été déçu. Pendant une heure et sans interruption, Simone Gbagbo a consciencieusement présenté sa version des faits de la crise postélectorale : Nicolas Sarkozy, de quoi se mêle-t-il celui qui a ordonné à son armée de bombarder la résidence présidentielle ; Young-jin Choi, le représentant des Nations unies en Côte d'Ivoire, a outrepassé ses fonctions ; enfin, Alassane Ouattara, il est président de fait, mais n’a pas été élu puisque, pour elle, c’est son époux qui a été désigné par le Conseil constitutionnel.

Chacun en a pris pour son grade. Et de ce point de vue, les supporters de Simone Gbagbo ne furent pas déçus. Plus décevant en revanche, le dossier d’accusations. Une fois de plus, pas de faits précis, pas de preuves tangibles pour étayer la constitution en bandes armées, la rébellion ou bien l’usurpation d’identité. Aucune pièce à conviction n’a été présentée si ce n’est une bande vidéo d’un meeting au palais de la Culture, quelques témoignages à charge, mais reposant la plupart du temps sur des rumeurs. Et au final, aucune preuve concrète à l’encontre de Simone Gbagbo.

C’est ce que constate en effet l’un de ses avocats, Rodrigue Dadjé qui se dit très satisfait de la prestation de sa cliente : « J’ai aimé qu’elle respecte la mémoire des victimes, quel que soit leur bord ethnique ou leur bord politique. Ça c’est important parce qu’une victime est une victime, un mort est un mort. On ne tribalise pas les morts, on ne les catégorise pas. Deuxièmement, elle a expliqué par A + B qu’elle n’a rien à voir avec les infractions pour lesquelles elle est poursuivie. Et aujourd’hui, on ne sait pas les faits matériels qui ont justifié de son envoi devant la cour d’assises. Et c’est la vérité, c’est extrêmement grave. Il n’y a aucun élément de faits exposés qui justifient qu’on l’envoie devant la cour ».

Des témoignages peu convaincants

Rien n’a déstabilisé la « dame de fer » ivoirienne qui n’a jamais perdu son calme durant toute l’audience, si ce n’est deux fois où elle marqua nettement des signes d’agacement à l’encontre d’avocats de l’Etat ivoirien. Des avocats dont la vacuité des questions fut accueillie par ses sarcasmes. Ce qui lui valut un rappel à l’ordre du président du tribunal. Après s’être excusée devant la cour, Simone Gbagbo a répliqué : « Que l’on me juge sur des faits et non pas sur ce que je pense. Celui qui m’accuse d’avoir commis des tueries massives, il n’a qu’à apporter des preuves ».

Simone Gbagbo n'a donc reconnu aucun des motifs de l'accusation retenus contre elle pendant la crise post-électorale. Et malgré la faiblesse des témoignages à son encontre, l'avocat représentant les intérêts de la Côte d'Ivoire se dit satisfait de cette audience : « Nous sommes satisfaits, parce que nous avons constaté que l’accusée n’a rien dit d’essentiel. Elle a passé son temps à nier. Donc cela veut dire beaucoup de choses. N’allez pas me dire Gbagbo, quand il demande à l’armée d’aller attaquer, ce n’est pas Gbagbo qui attaque. Madame Gbagbo, c’est la même chose. Elle est l’auteur intellectuel des actes », estime Soungalo Coulibaly.

Le président de la cour de justice a appelé toutes les parties à se retrouver lundi prochain, le 2 mars, pour les plaidoiries et les réquisitoires.