Afrique du Sud: enquête ouverte sur le scandale des «Spycables»

Le président zimbabwéen, Robert Mugabe, à la tribune de l’Union africaine à Addis-Abeba (Ethiopie), le 30 janvier 2015. Des révélations concernant les relations entre l’Afrique du Sud et le Zimbabwe sont également mentionnées dans les « Spycables ».
© Reuters/Tiksa Negeri

La fuite de documents secrets émanant de plusieurs agences de renseignement, dont les services britanniques et le Mossad israélien, prend de l’ampleur et embarrasse le gouvernement. Les « Spycables », documents provenant ou adressés aux services de renseignement sud-africains et qui contiennent les échanges entre Pretoria et plusieurs agences de renseignement depuis 2006, sont publiés, depuis lundi, par la chaine qatarienne Al-Jazeera, sur son site internet. Ces documents concernent aussi des relations de l’Afrique du Sud avec le reste du continent. Le gouvernement a ouvert une enquête.

Ce mercredi soir, le ministre chargé des Renseignements a publié un communiqué condamnant la fuite de ces documents secrets, ajoutant que cela porte atteinte à la sécurité de l’Etat et à ses relations diplomatiques. Le ministre a par ailleurs indiqué qu’une enquête avait été ouverte.

La majorité des documents publiée par Al-Jazeera sont des documents sud-africains et proviennent, a priori, de son agence de renseignement, SSA. Ils touchent toute une série de sujets mais principalement les relations avec l’Iran. Dans ces documents, on apprend par exemple que Téhéran aurait tenté d’utiliser Pretoria pour essayer de contourner l’embargo dont l’Iran fait l’objet, faisant état de rencontres entre l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, et des officiels iraniens pour obtenir de l’aide concernant leur programme nucléaire.

Dans ce scandale des « Spycables », il y a également des révélations concernant les relations de l’Afrique du Sud avec le reste du continent africain, et parmi les révélations les plus surprenantes figurent les menaces contre la présidente de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma.

Les services de renseignements sud-africains auraient été informés, en octobre 2012, de menaces à l’encontre de la présidente de la commission, nouvellement élue. Les documents décrivent également la coopération entre l’Afrique du Sud et l’Ethiopie pour assurer la sécurité de Dlamini-Zuma dans la capitale éthiopienne.

Ils font état aussi et notamment des soupçons de l’Ethiopie envers le Soudan.

D’autres pays africains sont également cités dans ces documents secrets comme le Rwanda qui, en 2012, a tenté d’obtenir la coopération de Pretoria pour espionner des individus sur le territoire sud-africain soupçonnés de négationnisme ou de vouloir semer l’instabilité. La demande a été rejetée par Pretoria.

Mentionné également, le Zimbabwe qui a signé des accords d’échange d’informations avec Pretoria concernant des individus ou des ONG pouvant compromettre l’ordre. Dans un autre document encore, figure une demande du Cameroun, en septembre 2011, souhaitant que l’Afrique du Sud garde un œil sur un de ses opposants politiques en déplacement dans le pays.

A noter que le gouvernement sud-africain a tout de même mis deux jours à réagir à ces fuites, reconnaissant implicitement l’authenticité de ces documents. En Afrique du Sud, on parle de la plus importante fuite au sein des services de renseignements sud-africains en vingt ans.