Mali: manifestations à Kidal contre les accords en vue à Alger

Un drapeau du MNLA, dans les rues de Kidal, en 2013.
© AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD

Alors que la délégation malienne et la plateforme des mouvements pro-Mali ont accepté de parapher, ce dimanche à Alger, le document préparé par la médiation, les mouvements de la coordination de l'Azawad pourraient boycotter cette cérémonie. En effet, sur le terrain, les pro-Azawad sont mécontents du texte, qui n'intègre ni l'autonomie ni le fédéralisme dans le projet d'accord de paix. La médiation maintient la paraphe et s'explique dans une déclaration.

Une cérémonie de clôture des discussions et de paraphe du projet d'accord est prévue ce dimanche matin à 9 heures à Alger en présence de toutes les parties et des partenaires internationaux qui soutiennent ce processus depuis des mois. Bamako et la plateforme des mouvements pro-Mali ont accepté de parapher ce texte, le jugeant équilibré.

En revanche, il en va tout autrement du côté des mouvements pro-autonomie de l'Azawad. La Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) se retrouve coincée entre la médiation et sa base sur le terrain. En effet, certains délégués sont convaincus qu'un mauvais accord vaut mieux que pas d'accord du tout et se disent prêts à parapher, sans conviction. Or, sur le terrain, à Kidal, à Ber ou à Ménéka, la base pense tout le contraire : pas question de reconnaître un texte qui a oublié l'essentiel des revendications des populations de l'Azawad.

La journée de samedi a donc été très compliquée pour la délégation de la Coordination des mouvements de l'Azawad. Des manifestations ont donc eu lieu samedi après-midi dans plusieurs localités du nord du Mali, à Ber et à Kidal. Le texte proposé par la médiation a été brûlé à côté de l'arbre dit « de la Liberté », une place située près de l'aéroport de Kidal. Entre 400 et 500 personnes, selon plusieurs témoignages, se sont rassemblées devant l'aéroport avant de prendre la direction du centre-ville.

Les manifestants demandent à leurs représentants de ne pas signer de texte

Les manifestants demandent à leurs représentants partis à Alger de rentrer sans signer un texte qui ne correspond pas à leurs attentes. « Nous sommes venus manifester, car nous rejetons le projet d'accord qui est en train d'être signé à Alger parce qu'il n'y a pas de fédéralisme, explique à RFI un habitant de Kidal. On a reconnu le nom l'Azawad, mais en tant que simple nom. Notre révolution a commencé par l'indépendance de l'Azawad et on nous a demandé de renoncer à l'indépendance et maintenant qu'il n'y a pas de fédéralisme, nous ne signerons pas d'accord. Nous demandons à notre délégation à Alger de rentrer et de ne rien signer. » « Ce texte ne parle ni de fédéralisme ni d'autonomie, déplore un autre joint au téléphone, il n'y a que le Mali que ça arrange ! » « Il ne faut pas accepter cet accord, il faut trouver une meilleure solution, clame cet autre manifestant, nos représentants doivent quitter les négociations, ils doivent partir d'Alger et rentrer à Kidal. » « L'Algérie veut nous tordre le bras, poursuit ce militant du MNLA, l'Algérie veut coûte que coûte valider son accord ».

La CMA demande un délai pour expliquer le texte

La manifestation s'est achevée en fin d'après-midi, aucun débordement n'a été signalé. Un nouveau rassemblement est prévu ce dimanche.

La CMA a demandé un délai supplémentaire à la médiation pour aller expliquer le texte aux militants et aux responsables militaires. Samedi soir, des officiels algériens confirmaient la tenue de la cérémonie de clôture des négociations pour dimanche matin.

Cette date a été décidée par la médiation. Après avoir remis un texte d’accord mercredi soir, les médiateurs (l’Algérie, la Cedeao, l’Union africaine, les Nations unies, l’Union européenne, Organisation de la coopération islamique, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria et Tchad) ont refusé tout amendement et ont maintenu la cérémonie de paraphe malgré la demande d’un report de 72h. 

Les médiateurs s'expliquent dans une déclaration

Et dans une déclaration, la communauté internationale s’en explique : « L’accord n’a pas la prétention de résoudre à la fois et dans l’immédiat tous les problèmes posés par une crise cyclique, profonde et multiforme ».

Les médiateurs rappellent que ces discussions, qui ont débuté le 16 juillet, ont bénéficié « de la mobilisation sans précédent de la communauté internationale ». Pour eux, cet accord est positif, car il met en place une « nouvelle gouvernance basée sur la libre administration » et il contribuera par ailleurs à la lutte contre le terrorisme.

Pour autant, la médiation estime que les Maliens doivent organiser eux-mêmes un débat politique sur l’appellation Azawad et lancer un processus de réconciliation. Ce texte d’accord n’est qu’un « cadre », explique la médiation, « à charge pour les parties de saisir les opportunités offertes par ce cadre ». La communauté internationale conclut en demandant un « sursaut collectif de toutes les composantes de la nation malienne ».