La Francophonie face aux défis environnementaux en Afrique

Décembre 2014: Conférence internationale sur le climat au Pérou
© © REUTERS/Enrique Castro-Mendivil

L’Afrique célèbre ce 3 mars la Journée africaine de l’environnement, rebaptisée depuis 2012 Journée Wangari Maathai. Partie prenante de cette commémoration depuis son lancement il y a 13 ans, la Francophonie agit aussi pour la protection de l’environnement sur le continent noir. Elle joue surtout un rôle de veille technologique et de formateur.

« L’environnement fait désormais bel et bien partie du vocabulaire politique africain », affirme Fatimata Dia, la directrice de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD). « La décision de commémorer tous les ans la Journée africaine de l’environnement en est la preuve. Elle témoigne de la prise de conscience, à tous les niveaux de la société africaine, de la nécessité de préserver l’environnement pour un développement durable », ajoute-t-elle. Subsidiaire de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et basé à Québec, l’IFDD n’est pas tout à fait étranger à cette prise de conscience, comme le suggère sa directrice, elle-même juriste spécialisée dans les questions de l’environnement.

Fondé en 1988, l’IFDD était connu à son origine sous le nom de l’Institut de l’énergie des pays ayant en commun l’usage du français (EPF). C’était l’époque où le monde était plongé dans une crise énergétique aiguë. Pendant les années qui ont suivi, les spécialistes de l’Institut ont conseillé les Etats de l’espace francophone, notamment en Afrique, sur les politiques à mettre en œuvre pour faire face à la crise de l’énergie, tout en les appuyant dans leur recherche de sources d’énergie alternatives.

« C’est à la suite de la conférence internationale de Rio + 20 qui s’est tenue en 2012 que les décideurs africains se sont rendu compte que la protection de l’environnement allait de pair avec la lutte contre la pauvreté et le développement, rappelle Fatimata Dia. Des études scientifiques ont montré que la question de l’environnement était étroitement liée à la problématique plus globale du développement humain. Dans la foulée de cette prise de conscience, nous avons décidé de rebaptiser notre organisation et d'axer nos actions sur les trois préoccupations mises en exergue à Rio, à savoir les changements climatiques, la désertification, et la protection de la biodiversité. »

Modalités d'intervention de l’IFDD

Dans les années 1990-2000, la Francophonie était la première organisation multilatérale à se doter d’un organe de réflexion sur les questions de l’énergie et de l’environnement. Une démarche pionnière dont procèdent les actions de conseil et de formation que l’IFDD dispense désormais au profit des pays de l’espace francophone, mais dans une perspective de développement durable. L’institution francophone forme chaque année plus de 400 cadres des ministères et des ONG à travers une vingtaine d’ateliers et de missions d’expertise. Ils sont formés à la maîtrise des outils de gestion de l'environnement pour le développement, à l'économie et au droit de l'environnement, à l'économie verte...

« L’IFDD n’est pas un bailleur de fonds, précise Fatimata Dia, mais se caractérise par son action essentielle de veille technologique et d’accompagnement des acteurs locaux dans l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies nationales de développement durable. »

« C’est un travail que nous faisons souvent en partenariat avec les organisations des Nations unies spécialisées dans l’environnement (PNUD, PNUE, UNITAR), explique la directrice. Ces partenariats représentent 1/3 du budget des projets de l’IFDD. » Un budget modeste, dont le montant s’élève à environ 500 000 euros par an.

Une partie considérable de ce budget sert à publier des Guides et des Notes de décryptage produits par les spécialistes de l’IFDD à l’intention des acteurs locaux appelés à défendre leurs politiques nationales dans les négociations sur les accords multilatéraux relatifs à l’environnement et le développement durable. Ces publications se sont révélées précieuses, d’autant que les négociations internationales sont devenues très complexes à cause de leurs multiples ramifications thématiques nécessitant des domaines de compétence nombreux, pointus et de plus en plus diversifiés.

« Rédigés par des spécialistes éminents, nos Guides et nos Notes de synthèse sont très appréciés, au point que les pays africains anglophones et arabophones n’hésitent pas à les faire traduire », ajoute Fatimata Dia, non sans un soupçon de fierté dans la voix.

Principaux chantiers environnementaux en Afrique

Si les manuels francophones sur la lutte contre la dégradation de l’environnement rédigés par les spécialistes de l’IFDD trouvent preneurs au-delà des frontières linguistiques qui continuent de compartimenter le continent noir, ce n’est pas seulement parce qu’ils sont bien rédigés. C’est avant tout parce que les problèmes auxquels sont confrontés les pays de l’aire francophone ressemblent à ceux rencontrés sous d’autres cieux africains.

Des problèmes qui ont pour nom : sécheresse, désertification, accélération de la déforestation, érosion des sols, accroissement des températures, diminution des précipitations, perturbations des bilans hydriques, baisse de la fertilité des sols et de biodiversité. Dans les pays francophones, comme ailleurs en Afrique, ces phénomènes sont liés à des pratiques capitalistiques et intensives de l’agriculture, à l’exode rural et l’extension anarchique des villes.

Le continent noir prend aussi au sérieux les menaces que font peser sur son développement et sur ses économies en pleine croissance les changements climatiques qui seront au coeur des débats lors de la conférence de Paris sur le climat, à la fin de l'année 2015.  Pour autant, les 54 pays africains réussiront-ils à mettre en place d'ici la conférence une stratégie commune afin de peser dans les négociations comme tentent de le faire les pays francophones qui ont lancé de nombreuses initiatives dans ce sens ? Rien n'est moins sûr ! 

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