Libye: le général Haftar nommé commandant en chef de l’armée

Le général Khalifa Haftar dans la ville d'Abyar, à l'est de Benghazi, le 31 Mai 2014.
© REUTERS/Esam Omran Al-Fetori

En Libye, les autorités de Tobrouk, les seules reconnues par la communauté internationale, viennent de nommer lundi à la tête de leur armée le général Haftar. Cette nomination officialise une situation de fait : Khalifa Haftar est déjà le chef militaire du gouvernement de Tobrouk depuis près d'un an. C'est lui en mai dernier qui lançait son offensive contre les jihadistes de Benghazi. Un homme au passé tumultueux, qui voit ainsi son rôle et ses choix parfois contestés, renforcé par des autorités légitimes aux yeux de l'étranger car issues des dernières élections.

Sans poste officiel, la communauté internationale n'a jamais ni condamné ni soutenu publiquement le général Haftar en Libye. En mai dernier, lorsque cet ancien officier de Kadhafi lance son opération baptisée « Opération dignité » pour, dit-il, « éradiquer le terrorisme », les Etats-Unis y voient d'abord une offensive contre des ennemis communs. Après des centaines de morts et une partie de Benghazi en ruines, les combats se poursuivent toujours aujourd'hui.

Face à Haftar à Benghazi, la principale composante de la coalition de rebelles n'est autre que la brigade Ansar al-Charia, classée terroriste et proche d'al-Qaïda, responsable de l'attaque du consulat américain le 11 septembre 2012, et de la mort de l'ambassadeur Chris Stevens.

Un poste sur-mesure

Pour autant, les pays occidentaux restent méfiants. Les intentions d'Haftar ne sont pas connues. Cet ancien dissident de Kadhafi, devenu citoyen américain et collaborateur de la CIA avant de retourner en Libye après la révolution est qualifié de putschiste soutenu par l'Egypte par ses ennemis et se présente lui-même comme le chef de l'autoproclamée armée nationale libyenne.

Hier à 72 ans, le parlement de Tobrouk a officialisé sa position avec une loi créant sur mesure son poste de commandant général de l'armée qui échappe à la tutelle du ministère de la Défense. Khalifa Haftar a désormais les mains libres pour poursuivre au nom du seul gouvernement reconnu par la communauté internationale sa guerre contre le gouvernement rival de Tripoli et ses milices de Fajr Libya, mais aussi contre un nouvel acteur : la branche libyenne de l'organisation Etat islamique.


Rappel : qu'est-ce que le gouvernement de Tobrouk ?

Le gouvernement de Tobrouk est la seule autorité reconnue par la communauté internationale, car issue des élections de juin dernier. Ce gouvernement de Tobrouk est en guerre avec celui de Tripoli installé au pouvoir en août dernier par une coalition de milices baptisée Fajr Libya. Il s’agit d’une guerre qui se déroule principalement sur trois fronts : à Benghazi, mais aussi autour des terminaux pétroliers d'al-Sedra à l'est et au sud-ouest de la capitale, Tripoli. Depuis novembre, le gouvernement de Tobrouk se bat avec un troisième acteur, la branche libyenne du groupe Etat islamique qui combat à la fois le gouvernement de Tripoli et celui de Tobrouk.