Une revendication pour l'attaque de Bamako: le groupe al-Mourabitoune

L'attaque s'est déroulée dans l'établissement La Terrasse, dans le quartier de l'Hippodrome à Bamako.
© AFP PHOTO / HABIBOU KOUYATE

L'attentat de Bamako, qui a causé la mort de cinq personnes - trois Maliens, un Belge et un Français - dans la nuit de vendredi à samedi au quartier de l'Hippodrome, a finalement été revendiqué samedi soir par le groupe al-Mourabitoune, dirigé par l'Algérien Mokhtar Belmokhtar. Peu d'autres éléments dans l'enquête pour l'instant.

Article mis à jour en fonction des dernières informations disponibles

La revendication émane d'une bande audio publiée samedi par l'agence de presse mauritanienne al-Akhbar. L’enregistrement en arabe dure environ une minute. Il est déposé sur une photo de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, dit « le borgne ». La voix d'un jeune homme revendique au nom du groupe jihadiste al-Mourabitoune l’opération sanglante de Bamako, « menée par les vaillants combattants d'al-Mourabitoune pour venger notre prophète de l'Occident mécréant qui l'a insulté et moqué ». Une rhétorique connue.

Mais la fusillade de Bamako, survenue à l'étage d'un complexe bar-restaurant-boîte de nuit très prisé des expatriés occidentaux de Bamako, a également été menée, dit ce porte-parole, pour « venger la mort » d’un certain Ahmed Tilemsi. De nationalité malienne, ce dernier était le chef du Mouvement pour l’unicité et le jihad à l’Afrique de l’Ouest (Mujao). Il a été tué en décembre dernier dans la région de Gao (nord du Mali), lors d’une opération menée par l’armée française.

Le Mujao et le groupe de Mokhtar Belmokhtar avaient fusionné pour devenir le groupe jihadiste al-Mourabitoune. Avant sa mort, Ahmed Tilemsi était devenu le bras droit de Mokhtar Belmokhtar, désormais seul chef du groupe. Al-Mourabitoune mène régulièrement des attaques terroristes dans le nord du Mali. C'est la raison pour laquelle l'armée française a ciblé plusieurs de ses opérations contre ce groupe au cours des derniers mois.

Peut-on pour autant se fier à cette revendication ? Pourrait-il s'agir au contraire d'une tentative de récupération ? Il est déjà arrivé, par le passé, que des groupes jihadistes revendiquent dans le nord du Mali des opérations qu'ils n'avaient pas menées, histoire de se « faire mousser » en quelque sorte. Mais dans le cas présent, de nombreuses sources de toute part confirment que ceux qui ont revendiqué l'attaque de Bamako sont plutôt des partisans du jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtrar sans pour autant que ce soit forcément lui le planificateur direct.

Dimanche 8 mars, la scène de la fusillade reste inchangée: des verres cassés sur le comptoir, une flaque de sang séché au sol devant le bar. © RFI / Marie-Pierre Olphand

« Que tous les Maliens se considèrent comme des soldats au front »

L'enquête se poursuit. Des enquêteurs français sont attendus à Bamako. Pour l'heure, aucune information n'est disponible concernant la nationalité ou l'identité des assaillants toujours en fuite, probablement au nombre de deux. Ils portaient des cagoules au moment de l'attaque et n'auraient pas crié de revendication.

Samedi matin, deux suspects ont été arrêtés, mais dans l'après-midi, la police a fait savoir qu'a priori, ils n'avaient pas de lien avec les faits. Le porte-parole du gouvernement malien Choguel Maïga insiste sur le rôle que peut jouer la population dans l'enquête et dans la prévention de futurs attentats :

« Quelquefois, explique M. Maïga, les forces de sécurité ont besoin, pour accomplir leur mission, du soutien et de la collaboration de la population. Personne ne peut mettre des policiers à tous les coins de rue, mais les populations maliennes existent à tous les coins de rue. Donc, le gouvernement souhaite vivement que tous les Maliens se considèrent comme des soldats au front. »

Et d'ajouter : « Quand on est au front, on se bat avec les armes mais aussi les renseignements. La collecte des informations est essentielle pour que nos forces de sécurité puissent accomplir leur mission. Ça, c’est un message important que nous souhaitons faire passer auprès de nos concitoyens. Nos forces de sécurité continuent leurs enquêtes, vous me permettez de ne pas en dire plus à ce stade, en espérant que dans les jours à venir, la vérité se fera jour. »

Le président malien IBK (au centre à droite) et le Premier ministre Modibo Keïta (à sa gauche) se sont rendus sur les lieux de l'attentat, samedi 7 mars 2015. © AFP PHOTO/STRINGER

« C’était presque inimaginable, il y avait une espèce de panique »

Cet attentat est le premier dans la capitale malienne depuis le début de l'intervention de l'armée française dans le nord du pays il y a deux ans. Il y avait des menaces, mais aucune attaque de la sorte n'avait été menée. Samedi après-midi, le président Ibrahim Boubacar Keïta a tenu un conseil de défense extraordinaire. Bamako est sous le choc, à l'instar du Premier ministre Modibo Keïta, qui a rendu visite avec le chef de l'Etat à la dizaine de blessés qu'a également fait la fusillade et qui lance un appel à la population :

« En compagnie de M. le président de la République, nous avons visité ces malades pour leur témoigner la solidarité du peuple du Mali, pour exprimer notre désapprobation de cette rupture, de cette expression brutale d’un caractère presque inhumain, explique M. Modibo. Quand M. le président de la République a visité le site, c’était presque inimaginable, il y avait une espèce de panique. Ceci est un appel à l’ensemble de la population malienne, pour qu’il y ait une manifestation de solidarité, pour qu’il y ait un renforcement de la cohésion nationale autour de l'objectif de paix (...) »

François Hollande s'est entretenu par téléphone avec le président malien et a annoncé un renforcement sécuritaire au Mali. Quant à la Minusma, la force des Nations unies au Mali qui compte deux blessés dans cet attentat - deux experts internationaux travaillant avec le Service des Nations unies de lutte contre les mines (UNMAS) ont été évacués vers Dakar samedi pour recevoir les traitements appropriés -, ses cadres exhortent les autorités maliennes à tout faire pour identifier et traduire en justice les coupables.

Par la voix de son porte-parole Radhia Achouri, la force onusienne se dit prête à fournir son aide : « Ce que nous avons offert concrètement aux autorités, c’est de mettre à leur disposition des experts de notre police des Nations unies, des experts en matière de scènes de crime et d’enquête. Ils sont déjà déployés avec l’équipe malienne sur le terrain de l’opération. » Concernant la sécurité à Bamako, « on a demandé à notre personnel de faire preuve de beaucoup plus de vigilance mais le dispositif est déjà là, il existe et il est activé à chaque fois qu’une circonstance pareille se présente », explique M. Achouri.


• Des réactions internationales

L'onde de choc dépasse largement Bamako. Outre les autorités des pays dont les ressortissants ont été touchés (France, Belgique, mais aussi la Suisse, qui compte des blessés), le secrétaire d'Etat américain John Kerry, de passage à Paris samedi, a évoqué l'attentat de Bamako. Ci-dessous, sa déclaration.

John Kerry: «Je voudrais exprimer les plus sincères condoléances du président Obama et les miennes. C'est un acte lâche»
08-03-2015 - Par Jelena Tomic

En marge du Fespaco, à Ouagadougou, le président de la transition burkinabè Michel Kafando s'est lui aussi exprimé, après la cérémonie de clôture du festival.

Michel Kafando: «Le Burkina Faso est solidaire du peuple malien dans son combat pour éradiquer le terrorisme qui sévit dans le nord»
08-03-2015 - Par Guillaume Thibault