L’Etalon d’or Hicham Ayouch: «Le continent africain doit être un»

Hicham Ayouch, l’Etalon d’or de Yennenga pour « Fièvres » lors de son discours panafricain au Fespaco, le 7 mars 2015.
© Siegfried Forster / RFI

Avec Hicham Ayouch, le Maroc a remporté le weekend dernier pour la quatrième fois la «Coupe d’Afrique du cinéma», l’Étalon d’or du Yennenga du Fespaco, la plus haute distinction du plus grand festival panafricain du cinéma. Né en 1976 à Paris d’un père marocain et d’une mère tunisienne, Ayouch se définit comme «Africain et fier de l’être». Le petit frère de Nabil Ayouch, lauréat de l’Étalon d’or en 2001, a dédié son prix au continent africain. Sa distinction est aussi le symbole d’un Fespaco qui a pour la première fois ouvert sa compétition à la diaspora africaine. Entretien.

RFI : Lors de la remise de l’Étalon d’or du Fespaco, vous avez tenu un discours très panafricain et sankariste, pourquoi ?

Hicham Ayouch : Parce que c’est quelque chose qui est profondément ancré en moi. Donc je n’ai pas eu besoin de me forcer. J’ai un peu hésité avant de le dire, parce que je ne suis rien ni personne et ne représente personne à part moi-même, mais ce petit moi-même que je suis avait envie de partager ce message, sans être politicien, sans faire de la politique politicienne, juste en disant ce que j’avais sur le cœur. Car bien souvent, il y a un décalage voire du racisme entre le nord de l’Afrique et l’Afrique subsaharienne.

En tant que Magrébin, je suis parfois profondément choqué par le comportement de mes compatriotes par rapport à nos frères et nos sœurs subsahariens. Malheureusement, les Magrébins ont parfois tendance se considérer arabe avant de se considérer africain. Mais nous Magrébins, on était juifs, berbères et noirs avant d’être arabes et musulmans. Maintenant, il ne faut pas créer un conflit entre ces différentes cultures, mais justement qu’on accepte que toutes ces identités fassent partie de notre identité. Le continent doit être un. Comme l’avait dit Bob Marley : Africa Unite.

RFI : Et pourtant, il n’était pas Africain..

Il avait des origines africaines. Il venait de là. On vient tous de là.

RFI : Quel message adressez-vous aux cinéastes africains ? Qu’est-ce que ce prix peut changer ?

Je crois qu’on a un besoin de s’exprimer. Il y a une vraie vitalité, une vraie énergie, il y a quelque chose de puissant qui émane de cette terre d’Afrique. Il y a beaucoup de gens qui ont beaucoup de choses à exprimer. Il y a une rage, dans le sens positif et noble du terme, qui doit sortir. Et on doit raconter nos histoires. On a plein d’histoires à raconter.

Pendant longtemps, il n’y a pas nous qui les avons racontées, d’autres les ont racontées à notre place. Et on ne les raconte pas forcément à destination de l’Occident, mais en priorité aux gens qui sont chez nous. Il n’y a pas de barrières, on ne doit faire un racisme à l’envers. Aujourd’hui, il y a plein de pays africains où il n’y a pas une seule salle de cinéma. Il faut que nous créions une industrie de cinéma en Afrique pour que les Africains connaissent des gens comme Sissoko [Cheick Oumar Sissoko, Étalon d’or en 1995 pour Guimba, ndlr], Souleymane Cissé [Étalon d’or en 1979 et 1983 pour Baara et Finyè, Prix spécial du Jury au Festival de Cannes en 1987 pour Yeelen, ndlr], Ousmane Sembène [prix Un Certain regard et mention spéciale du jury au Festival de Cannes 2004 pour Moolaadé, ndlr], qui sont des gens qui ne sont même pas connus dans leur pays.

Donc je dirais aux jeunes - même si je me considère encore comme un petit peu jeune, malgré mes cheveux blancs : vous avez aujourd’hui plein de caméras qui ne coutent pas cher et vous pouvez faire un film avec une petite caméra et une perche. Allez-y, racontez-nous vos histoires. Que vous ayez une autorisation ou de l’argent ou pas, ce n’est pas grave. Faites-les !

RFI : Thomas Sankara, le président révolutionnaire assassiné en 1987, disait qu’il faut consommer local et faire avancer le pays. Vous dites un peu le même message au niveau du cinéma : il faut produire local, diffuser local, financer local.

Bien sûr, c’est la base de tout. On part toujours du micro pour aller vers le macro. Si on raconte une histoire qui ne touche pas les gens du coin de la rue, cela ne sert à rien de toucher des gens qui sont à 5 000 kilomètres de là, et inversement. Car si on s’y intéresse un petit peu, ce gars de la rue aurait peut-être beaucoup de choses à dire. On a des pays comme le Nigéria ou le Ghana qui produisent beaucoup de films par an.

Ce ne sont pas forcément des bons films. Sur les 4 000 films produits, il y a forcement peu de bons films. Mais au moins, ils ont réussi à créer une industrie qui est viable économiquement et les Nigérians regardent des films nigérians et des Ghanéens regardent des films ghanéens. Ce qui ne veut pas dire de ne pas regarder les films de Hongkong, de France ou de Birmanie, mais il faut qu’on regarde aussi qui on est. C’est pour cela qu’il faut s’aimer.

RFI : Pour ces Africains qui ne verront peut-être jamais votre film, que raconte Fièvres ?

J’espère qu’ils le verront. Avec cette victoire, j’espère qu’on va réussir de faire en sorte qu’ils le voient. Fièvres raconte l’histoire d’un petit garçon qui apprend qu’il a un père qu’il ne connaissait pas et qui va vivre avec son père et ses grands-parents. C’est une histoire de famille.

 

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