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Mali

Mali: l'accord de paix soumis aux mouvements de l'Azawad

L’un des sept check point à l’entrée de Kidal, contrôlé par les casques bleus de la Minusma
© RFI/Claude Verlon

Kidal a connu un nouvel attentat dimanche avec une nouvelle attaque contre le camp de la Minusma qui a fait 3 morts dont 2 civils et un casque bleu tchadien. C’est dans ce contexte que va s'ouvrir ce mercredi 11 mars la concertation des composantes civiles et militaires des mouvements de la coordination de l'Azawad. Il y a 10 jours, à Alger, la CMA a demandé à la médiation un temps supplémentaire pour consulter sa base avant de parapher le projet d'accord de paix.

La CMA n'a pas voulu parapher le texte le 1er mars, car sur le terrain ça grondait..Les populations proches de ces mouvements ont manifesté massivement pour rejeter carrément le document et pour leur demander de rentrer au plus vite sans signer.

Malgré tout, pour Mossa ag Ataher, le porte-parole du MNLA, tout reste ouvert et c'est bien l'enjeu de cette concertation de Kidal : « Nous sommes loin de dire que ce document est nul, non pas du tout..Il y a eu un énorme travail qui a été fait, il y a des éléments qui peuvent être importants pour aller vers la paix, mais également il contient des tares et des faiblesses à nos yeux et aux yeux de nos bases respectives ».

Sont présents à Kidal aujourd’hui : les responsables politiques et militaires des mouvements de la CMA, MNLA, HCUA, MAA et mouvements de sédentaires, des chefs de tribus et de fractions proches de la CMA de tout le nord du Mali, des représentants des mouvements venant de Mauritanie ou du Burkina, ou encore des représentants des réfugiés.

Election au suffrage universel du président des régions

Les réfugiés, justement, sont encore prés de 80 000 dans les pays frontaliers au Mali. Selon Sidi ag Baye, représentant de la société civile du camp de Djibo au Burkina, ce projet d'accord ne répond pas aux aspirations profondes des populations : « C'est un accord qui est même pire que le pacte national de 1992 car en 1992 l'accord parlait d'un statut politique particulier des régions du nord alors que cette fois on ne parle que du développement pour tout le Mali ».

Les points de blocage sur ce projet d'accord de paix tournent autour de cette même question d'un statut particulier politique. Le texte proposé par le médiateur algérien après sept mois de discussions parle de l'Azawad comme réalité socioculturelle, mémorielle et symbolique.Trop peu disent les mouvements.

Le texte prévoit aussi l'élection au suffrage universel du président des régions qui devient le vrai patron des régions : insuffisant selon la CMA, vu les déficiences démocratiques du système électoral malien.

Dans les rangs de la coordination, on parle de chantage

Quant au projet d'une police locale, les mouvements auraient préféré de vraies unités spéciales qui relèveraient du ministère de la Défense, selon un responsable du HCUA. Le compte n'y est pas selon eux.

Samedi, à Niamey, le représentant de la Minusma et le représentant du gouvernement du Niger n'ont pas caché aux chefs de la CMA qu'en cas d'échec de cet accord, c'est la CMA qui en porterait la responsabilité.

Dans les rangs de la coordination, on parle de chantage qui ne marchera pas. Et comme le dit Mossa ag Ataher, la coordination est prise entre le marteau et l'enclume : « D'un côté, vous avez la médiation et la communauté internationale qui pensent qu'il est plus que jamais urgent de signer ce document, de l'autre côté vous assistez à des manifestations populaires contre ce document-là, donc il s'agit pour la coordination des mouvements de l'Azawad d'être à la hauteur aussi bien de l'attente de la communauté internationale que celle de nos bases respectives ».

Avec un risque réel : que la colère de la base et surtout des jeunes combattants ne se transforme en désertion. Les chefs de la coordination craignent que les plus déçus quittent les mouvements pour monter une énième rébellion. Ou pire, rejoindre les rangs des ultras, des jihadistes qui sont aux portes de Kidal, et qui n'attendent que ça.

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