Crise postélectorale ivoirienne: 2 militaires du camp Gbagbo acquittés

Des familles s'organisent pour fuir le quartier d'Abobo à Abidjan, le 18 mars 2011, au lendemain des bombardements.
© AFP/Issouf Sanogo

Le commandant Gnawa Dablé et le maréchal des logis Brice Kamanan, les deux militaires accusés de meurtres ainsi que coups et blessures pendant la crise postélectorale de 2010-2011, ont été acquittés lundi 16 mars par le tribunal militaire d'Abidjan après un procès d'une journée.

Gnawa Dablé et Brice Kamanan comparaissaient pour avoir bombardé le marché Siaka Kone d'Abobo ainsi que le village Sos dans la même commune le 17 mars 2011, à partir du camp commando d'Abobo, encore aux mains des forces loyales à Laurent Gbagbo à cette époque. Le parquet avait lui-même demandé l'acquittement, faute de preuves.

C'est à cause des trop nombreuses zones d'ombre que le commissaire du gouvernement a demandé l'acquittement des prévenus. Il est vrai que le dossier d'accusation était bien léger. Les faits qui leur étaient reprochés ont même évolué au cours de l'instruction.

Le commandant Dablé Gnahoua et le maréchal des logis Brice Kamanan ont d'abord été poursuivis dans le dossier de la mort des sept femmes d'Abobo le 3 mars 2011, avec six autres militaires, mais eux ont bénéficié d'un non lieu plus tôt dans la procédure. Pour Maître Blédé, l'un des avocats de la défense, c'est le signe d'un travail bâclé :

« Après les évènements postélectoraux, on s’est précipités pour dire qu’il y a eu beaucoup de morts, donc il fallait trouver des gens à qui imputer ces morts. En réalité, il n’y a jamais eu d’enquête, on n’a pas bien fait les procédures. On aurait pu doucement faire ces procédures et savoir qui avait tué qui. »

Car plusieurs personnes ont bien été tuées ou blessées ce 17 mars 2011 dans les bombardements à Abobo. Ces victimes et leurs proches sont venus témoigner à la barre, mais ne pourront pas obtenir réparation avec ces acquittements.

Bagnama Siribié a perdu ses deux filles ce jour-là. Visiblement démuni, c'est pourtant à ses frais qu'il a parcouru les 100 kilomètres pour venir de son domicile d'Aboisso à Abidjan pour témoigner. Il est révolté et veut se pourvoir en cassation, dit-il :

« Mes deux filles sont mortes. Vraiment, je me sens en peine. Je ne suis pas content. Je dois faire une cassation, il faut que je le fasse. Mes enfants, je ne peux pas les perdre comme ça, cadeau. Mes enfants sont morts, je voudrais savoir la vérité. Ça ne peut pas rester comme ça. »