Arrestations en RDC: inquiétude de la communauté internationale

Fadel Barro (g) de Y'en a marre et Oscibi Johann (d) du Balai citoyen, avant leur arrestation, dimanche 15 mars à Kinshasa.
© Twitter / kamanda wa k. muzembe

La communauté internationale ne cache pas son inquiétude après la vague d'arrestations de militants pro-démocratie en RDC et ce à la veille d'un cycle électoral crucial pour l'avenir du pays.

Après la vague d'arrestations ces derniers jours en République démocratique du Congo, les réactions se multiplient qu'elles viennent des ONG ou des Etats. Pour le responsable Afrique de la FIDH, Florent Geel, cette vague d'arrestation est un mauvais signal à double titre. « Kinshasa utilise, comme tous les pouvoirs qui tentent de réprimer, les accusations de terrorisme, d’atteinte à la sûreté de l’Etat pour tenter de mater un mouvement citoyen pacifique, explique Florent Geel. C’est un signal malheureusement très clair de la volonté des autorités congolaises de ne pas avoir d’élections transparentes, organisées, démocratiques... En arrêtant ces militants qui tentent de mobiliser la population et notamment les jeunes pour aller voter : manifestement le gouvernement congolais considère que plus il y aura de gens à aller voter, moins ce sera bon pour lui. Ça, c’est un vrai recul pour la démocratie congolaise si tant est qu’il y est une démocratie congolaise aujourd’hui ».

Les Etats-Unis, qui avaient en partie financé ces activités, disent avoir multiplié les contacts au plus haut niveau à travers leur ambassadeur à Kinshasa, mais le département d'Etat explique également avoir contacté directement l'ambassade de la RDC à Washington pour tenter de comprendre pourquoi un diplomate américain, libéré depuis, et ces activistes pro-démocratie, toujours détenus, ont été arrêtés alors qu'ils s'étaient réunis pour « échanger des idées sur l'importance de l'engagement civique dans le processus électoral ».

Inquiétudes aussi du côté de l'UE

L'Union européenne explique pour sa part attendre la justification des accusations portées contre ces militants de fomenter une insurrection, de faire la promotion d'une confrontation avec les forces de l'ordre. Ces accusations très sérieuses, souligne la diplomatie européenne, demandent des preuves concrètes. La Belgique va plus loin et dit craindre des arrestations arbitraires et s'inquiète en tout cas du « resserrement apparent de la liberté d'expression et d'un usage disproportionné de la force ».

Dimanche à Kinshasa, une journaliste de la RTBF a été brièvement arrêtée lors du coup de filet contre les leaders de Y'en a marre, Balai Citoyen, Filimbi et Lucha. Deux autres ressortissants belges ont aussi été pris à partie hier mardi à Goma, lors de l'arrestation de militants de la Lucha - qui ont été libérés depuis. La Belgique se dit très inquiète et pas seulement pour ses ressortissants. « Il avait eu parmi les arrestations dimanche à Kinshasa (celle) d’un représentant d’une chaîne de télévision belge ; à Goma, deux représentants d’ONG belges ont été pris à partie également et une personne a été légèrement blessée. On s’est enquis de leur état de santé et deux diplomates vont se rendre sur place de Kinshasa à Goma » explique Henrik Van de Velde, le porte-parole de la diplomatie belge qui s'inquiète du « resserrement de la liberté d’expression » que ces arrestations supposent. « Nous exprimons notre inquiétude à ce sujet (et) également au sujet de l’usage disproportionné de la force dans les deux situations et puis enfin, pour certains risques d’arrestations arbitraires. Il y a eu des arrestations... et il faudra qu’elles soient justifiables en terme démocratique et selon les principes de l’état de droit. Nous suivons cela de près, notre ambassade à Kinshasa suivra les aspects droits de l’Homme et les conséquences sur le système politique » poursuit le porte-parole de la diplomatie belge.

Au seuil d'un cycle électoral essentiel pour la stabilité de la RDC et l'enracinement de la démocratie dans ce pays, souligne le Quai d'Orsay, la France dit réitérer son attachement au respect des libertés publiques, notamment la liberté de réunion.

« Le Balai citoyen est une organisation de la société civile que l'on connaît bien au Burkina Faso »
18-03-2015 - Par Sonia Rolley

Du côté des réactions en Afrique, le gouvernement burkinabè a rencontré hier mardi à Ouagadougou des représentants du Balai citoyen après l'arrestation dimanche de l'un de ses leaders à Kinshasa avec d'autres militants pro-démocratie, congolais et sénégalais. Obtenir la libération d'Oscibi Johann, membre du Balai citoyen est une priorité pour le président Kafando, c'est qu'explique le porte-parole du gouvernement burkinabè Frederic Nikiema interrogé par RFI.

Quant à la Monusco, c'est sur Twitter que le chef de la mission a fait part de son inquiétude après cette vague d'arrestations à Kinshasa et à Goma. Martin Kobler appelle toutes les parties au calme.