VIH-Sida: stérilisation forcée de femmes contaminées en Afrique du Sud

Une grand-mère sud-africaine et sa petite-fille, orpheline du sida, à Soweto.
© AFP/Alexander Joe

La stérilisation forcée de femmes atteintes du Vih/Sida est un sujet tabou en Afrique du Sud. Plusieurs organisations de défense des droits des femmes ont déposé une plainte cette semaine auprès de la Commission pour l'égalité des Sexes, demandant l'ouverture d'une enquête. Du côté du gouvernement, on affirme qu'il n'existe aucune politique dans ce sens. 

avec notre correspondante à Johannesburg, Alexandra Brangeon

Les organisations de défense des droits des femmes disent avoir répertorié une cinquantaine de cas. Il s'agit de femmes, jeunes, pauvres, atteintes du Vih/sida et qui auraient été stérilisées dans des hôpitaux publics au moment de leur accouchement par césarienne.

Selon Jodie Fredericks, du Centre pour les droits des Femmes, la plus part de celles-ci ne savaient même pas ce qui leur arrivait. « Elles sont allées à l'hôpital alors qu'elles commençaient à avoir des contractions. Et là, on ne leur a pas demandé, on leur a dit qu'elles devaient être stérilisées car elles étaient atteintes du hiv sida. Et on leur a donné des documents à signer. De nombreuses femmes nous ont dit qu'elles ne savaient même pas ce qu'elles signaient... car elles étaient sur le point d'accoucher. »

« Ce qu’elles nous rapportent, poursuit Jodie Fredericks, c’est que les infirmières leur ont dit qu’elles ne doivent pas avoir d’autres enfants, parce qu’elles sont séropositives, car cela met leur vie en danger et qui va s’occuper des enfants une fois qu’elles sont décédées. Ils semblent que c’est le personnel de santé qui de sa propre initiative stérilise ces femmes. Mais de toute façon, quand une femme est sur le point d’accoucher, ce n’est pas le moment de lui parler de stérilisation. Notre législation est claire : aucune femme ne peut être stérilisée sans son aval, le médecin doit lui expliquer ce que cela veut dire. Et elle doit remplir et signer un document indiquant qu’elle accepte. Mais elle doit comprendre ce qu’elle est en train de signer. Mais en pratique ce qu’il se passe c’est que le personnel de santé force la main à ces femmes pour qu’elles signent ses documents sans leur expliquer de quoi il s’agit. »

Le ministère de la Santé dément

Selon Jodie Fredericks, il s'agit d'une pratique effectuée discrètement. Et le nombre de cas existant pourrait être beaucoup plus élevé. Au ministère de la Santé, on dément catégoriquement avoir une politique de stérilisation des malades du Vih/sida comme l’assure Yogan Pillay, directeur adjoint au ministère. « Il n'y a certainement pas au sein du ministère de la santé une politique pour forcer les femmes qui ont le Vih/sida à être stérilisées. Et s'il y a des cas qui existent, il faut qu'ils nous soient rapportés, pour que nous puissions prendre des mesures contre ceux qui font ce genre de chose. »

Il y a quelques mois, une affaire similaire a éclaté en Namibie. Le gouvernement avait du dédommager trois femmes séropositives, stérilisées sans le savoir, pendant leur accouchement.

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