Attentat au musée du Bardo à Tunis: des questions en suspens

Images filmées par des touristes au moment de l'attaque au musée national du Bardo à Tunis, le 18 mars 2015.
© REUTERS/Tunisia TV handout via Reuters TV

L'attaque au musée du Bardo à Tunis a été revendiquée jeudi 19 mars par le groupe Etat islamique. L'organisation assure que les deux assaillants ont été entraînés en Libye, un pays dans lequel se trouveraient des centaines de combattants tunisiens. Pour l'instant, le message de revendication n'a pas été authentifié. Et les polémiques commencent. 

Les deux jihadistes tunisiens qui ont mené cette attaque terroriste contre le musée du Bardo sont passés par les camps d’entraînement libyen, en particulier ceux de la branche libyenne de l’Etat islamique, selon le ministère tunisien de l'Intérieur, rapporte notre envoyé spécial à Tunis, David Thomson. Une branche créée tout récemment en novembre dernier et qui compte déjà plusieurs centaines de combattants tunisiens, dont certains ont été envoyés de Syrie, pour faire souche en Libye, et pour mener les opérations sur le sol tunisien. D’ailleurs plusieurs Tunisiens avaient déjà, de Libye, dans des vidéos, menacé la Tunisie d’attaque terroriste.

L'heure des polémiques 

C’est l’heure des polémiques aussi en Tunisie puisque certains responsables politiques se demandent comment ces deux jeunes hommes, qui étaient connus des services de renseignement tunisien, ont pu aussi facilement passer à l’acte. Comment ont-ils pu rentrer dans ce musée qui se trouve être mitoyen de l’Assemblée nationale, sans protection ? D’autant que ce vendredi 20 mars, le vice-président de l’Assemblée nationale assure que les policiers qui étaient chargés de protéger ce bâtiment, étaient au café au moment de l’attaque.

Et des questions sur la revendication

Les experts sont partagés concernant la revendication de l'attaque par le groupe Etat islamique. Si pour certains disent que ce message a été effectivement diffusé en Irak et en Syrie par une radio proche de l’Etat islamique, d’autres disent qu’il ne correspond pas au style de l’Etat islamique.

Pour Michaël Béchir Ayari, chercheur à l'International Crisis Group, «ce que l’on peut dire c’est que dans le contexte actuel, il y a une concurrence entre tous les différents groupes, c'est-à-dire que l’on a d’un côté al-Qaïda au Maghreb islamique ou al-Qaïda, de l’autre, l’Etat islamique. Chacun est finalement poussé un peu à revendiquer pour lui les actions, pour montrer qu’il a une marge d’action, une marge de manœuvre importante et une grande détermination. Le problème c’est que l’on a souvent tendance à croire que Daesh va absorber tous les autres groupes. Or en fait, on le voit sur le terrain libyen ou dans d’autre endroit, ce n’est pas le cas. Parfois, les groupes se livrent à des luttes qui sont extrêmement sanglantes. Donc pour la Tunisie, jusqu’à présent, il n’y a aucune confirmation mais ce dont on est sûr, c’est que c’est certainement dans la mouvance jihadiste. »

Le pouvoir tunisien se retrouve face au défi du retour au pays de ces combattants et de leur passage à l'acte : « C’est sûr que c’est toujours le retour qui inquiète puisqu’il y a des militants qui reviennent effectivement aguerris. Après, tout dépend de deux choses, c'est-à-dire les capacités d’absorption de la société, d’absorption sociale de ces gens là et ensuite la manière dont le traitement sécuritaire est fait. C'est-à-dire, est-ce que l’on a un Etat et des forces de sécurité qui sont assez fortes pour les repérer ? Et de l’autre côté, est-ce qu’ils sont en mesure de mettre en œuvre des plans de réintégration sociale et professionnelle ou alors d’appliquer une espèce de tolérance zéro qui les enverrait directement en prison, au risque de les re-re-re-radicaliser ou de les pousser à entrer dans une clandestinité totale, ce qui pourrait les pousser à commettre ce type d’attaque ? », souligne Michaël Béchir Ayari pour qui les autorités tunisiennes n'ont pas encore vraiment choisi la politique à adopter.

Le palais du Bardo a lui aussi souffert de l'assaut terroriste après l'attentat du mercredi 18 mars. © REUTERS/Anis Mili