Tunisie: les terroristes auraient été formés par le groupe EI en Libye

Des forces de police, avant leur intervention, lors de l'attentat du Bardo, le 18 mars 2015, à Tunis. Les terroristes ont tous deux été formés par la branche libyenne du groupe EI.
© REUTERS/ Zoubeir

La Tunisie est le plus important pourvoyeur de jihadistes étrangers en Syrie et en Irak. Les jihadistes tunisiens seraient également des centaines en Libye notamment au sein de la branche libyenne du groupe Etat islamique dans laquelle ont été entrainés selon Tunis, les deux terroristes du musée du Bardo.

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Depuis des mois, des jihadistes tunisiens de l’organisation Etat islamique diffusent, depuis la Syrie, l’Irak ou la Libye, des vidéos promettant des attentats en Tunisie. Deux d’entre eux sont passés à l’acte au musée du Bardo. Âgés de 20 et 27 ans, Abu Zakaria et Abu Anas, les pseudonymes sous lesquels l’organisation EI les présente dans son message de revendication, ont été entraînés en Libye selon le ministère tunisien de l’Intérieur, avant de tuer une vingtaine de touristes à la Kalachnikov en plein cœur de Tunis. Les deux hommes étaient porteurs d'explosifs assurait jeudi le président tunisien.

D'après Rafik Chelly, le secrétaire d'Etat tunisien des affaires sécuritaires, les deux hommes sont des « éléments extrémistes salafistes takfiris. Ils ont quitté clandestinement le pays en décembre dernier pour la Libye et ont pu se former aux armes en Libye » avant de regagner la Tunisie.

À peine créée en novembre, la branche libyenne du groupe EI compterait déjà plusieurs centaines de Tunisiens dans ses rangs. Beaucoup sont des vétérans de Syrie, envoyés par l’EI pour faire souche en Libye. D’autres sont directement venus de Tunisie à partir de l’été 2013 et du début de la répression par Tunis de son mouvement jihadiste, après deux assassinats politiques et l’attaque de l’ambassade américaine.

Les interêts occidentaux ciblés

C’est le cas d’Ahmed Rouissi, cerveau des assassinats de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, et devenu émir de l’organisation à Syrte, où il a été tué le samedi 14 mars 2015 dans des combats. En Syrie et en Irak, selon les chiffres officiels, ils sont au moins 3000. En Tunisie, 500 seraient déjà rentrés du jihad, et dans son communiqué, le groupe EI menace une nouvelle fois les Tunisiens : « ce que vous avez au Bardo n’est que le début. »

Depuis la révolution, les jihadistes armés en Tunisie n’avaient visé que des cibles sécuritaires, politiques ou institutionnelles, mais encore jamais de civils ou d’occidentaux. Ce premier attentat revendiqué par l’Etat islamique change la nature de la menace. Désormais, les intérêts occidentaux sont également ciblés, dans un pays qui compte près de 30 000 ressortissants français.

Maquis jihadistes

Selon plusieurs témoins de l’attaque du Bardo mardi, les deux jihadistes ont cherché à tuer le maximum de touristes en épargnant les Tunisiens. « Ils nous on dit de baisser la tête en arabe explique un témoin, alors qu’ils tiraient des rafales de kalachnikov sur des bus pleins de touristes. Certains ont été assassinés à bout portant. »

Des méthodes bien différentes des attaques menées jusqu’ici par la branche tunisienne d’al-Qaïda au Maghreb islamique, la brigade Okba ibn Nafaa, caractérisée par des explosions de mines artisanales, des embuscades ou des accrochages meurtriers presque chaque mois avec les forces de sécurité tunisiennes, incapables de venir à bout de ces maquis jihadistes de plus en plus actifs sur son territoire, jusqu’au cœur de la capitale.

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