Burkina Faso: le militant du Balai citoyen de retour au pays

Oscibi Johann (g) et Serge Martin Bambara Smockey (d) lors de la conférence de presse du 20 mars 2015 à Ouagadougou.
© Facebook/Balai Citoyen

Oscibi Johann est de retour au pays. Ce burkinabè, membre du mouvement Balai citoyen, avait été arrêté dimanche dernier en République démocratique du Congo avec une trentaine d'autres militants pro-démocratie. Il était accusé de tentative de destabilisation du pays. De retour à Ouagadougou, il a tenu hier, vendredi 20 mars, une conférence de presse pour raconter son entrée en RDC, ses conditions d'interpellation et de détention.

Après son interpellation musclée par l'Agence nationale du renseignement congolais, Sibiri Ouedraogo, alias Oscibi Johann, affirme avoir subi des tortures morales durant son incarcération.

« On s’interrogeait, raconte-t-il. Quand on t’incarcère et tu ne sais pas ce que tu as fait, ça fait plus mal. Nous avons passé plus d’une journée et demie à nous demander ce que nous avions fait. Et jamais on nous a dit : "voici ce que nous vous reprochons. C’est le non-dit". Dire que tu es venu pour détruire le pays alors que tu es venu apporter ce que tu sais pour la construction de ce pays, pour l’émancipation des mentalités de la jeunesse, ça c’est difficile à effacer ».

« À l'Agence nationale du renseignement, nous étions en détention avec d'autres personnes présentées comme des rebelles », relate ce militant du Balai citoyen. Et, selon Oscibi Johann, c'est au cours de leur transfert à l'aéroport de Kinshasa qu'il a vécu la plus grande peur de sa vie.

« N'importe qui peut s'inquiéter »

« Nous avons fait une escale quelque part où on a fait sortir les trois Sénégalais pour aller à leur consulat. Je suis resté seul dans le véhicule. Et on m’en a fait sortir pour me mettre dans un coffre de voiture, avec mon sac, enfermé dedans. N’importe qui peut s’inquiéter », rapporte-t-il.

Prévenu par un membre du mouvement citoyen Filimbi, les militants de Y'en a marre et du Balai citoyen avaient passé une nuit hors de l'hôtel, selon Oscibi Johann. Leur informateur avait juste parlé de « problèmes de sécurité ». Et c'est le lendemain qu'ils ont été arrêtés par l’Agence nationale de renseignements. 

Une dizaine de militants congolais arrêtés au même moment se trouvent toujours en détention. Contrairement à ce qu'avait promis le gouvernement congolais, ils n'ont toujours pas été présentés à la justice. Ils n'ont donc pas été formellement inculpés. Ils n'ont pas non plus pu parler avec un avocat.