Attentat de Tunis: les failles sécuritaires pointées du doigt

Policiers tunisiens à l'entrée du musée du Bardo, à Tunis, le 19 mars.
© REUTERS/Anis Mili

Deux jours après l’attentat meurtrier du musée Bardo à Tunis, qui a fait 21 morts et une quarantaine de blessés, c’est désormais l’heure des questions. L'attaque, revendiquée par l'organisation Etat islamique, soulève de nombreuses interrogations, notamment d'ordre sécuritaire.

Dans son communiqué de revendation, l’organisation Etat islamique n’a pas manqué de s’en féliciter : ses terroristes sont parvenus sans difficultés à faire une brèche au cœur du pouvoir tunisien. Le musée du Bardo est mitoyen du Parlement, censé être un des endroits les plus sécurisés du pays, un pays particulièrement menacé avec 3 000 jihadistes en Syrie et en Irak qui menacent depuis des mois leur pays d’attentat dans des dizaines de vidéos.

« Grande défaillance »

Le vice-president de l'Assemblée a évoqué « une grande défaillance » sécuritaire. Selon Abdelfatah Mourou, du parti islamiste Ennahda, au moment de l’attaque, les gardes censés protéger le bâtiment avaient quitté leur poste pour aller boire un café. 

Une information que ne dément pas une source sécuritaire tunisienne haut placée. Les deux terroristes de 20 et 27 ans étaient par ailleurs connus des services de renseignement, notamment pour s’être entraînés dans des camps en Libye

Après l’attentat le Premier ministre lui-même évoquait des failles sécuritaires. En coulisse, des officiels évoquent déjà des départs parmi les cadres du ministère de l’Intérieur, poussés vers la sortie pour ne pas avoir su empêcher l’attentat le plus meurtrier depuis la revolution. 

Failles sécuritaires

Des failles sécuritaires contre lesquelles Paris se dit prêt à lutter de concert avec Tunis. Lors de sa visite hier vendredi 20 mars, le ministre de l'Intérieur français Bernard Cazeneuve est venu exprimer le soutien de la France, après une attaque qui fait écho, estime-t-il, aux attentats de Paris au mois de janvier. 

« Il était important, a-t-il dit, parce que nous avons été frappés ensemble, même si c'était à de moments différents, et fortement, que nous puissions matérialiser notre unité, notre solidarité, notre fraternité dans ces circonstances. Et puis il y a aussi la nécessité de lutter ensemble contre le terrrorisme, de façon forte et déterminée, et c'est la raison pour laquelle, alors qu'il y a déjà entre nos services de police et entre nos services de renseignement une bonne coopération, que nous puissions l'approfondir pour parvenir à vaincre le terrorisme ».


Le Maroc renforce à nouveau son dispositif sécuritaire, trois jours après les attaques de Tunis. Le royaume chérifien annonce la création d'une nouvelle structure de renseignement, destinée en premier lieu, à lutter contre le terrorisme.

D'ores et déjà présenté comme le « FBI » marocain, l'entité se nomme « bureau central des investigations judiciaires ». Cette institution entend renforcer les efforts du Maroc pour faire face contre toute forme d'extrémisme, de trafics d'armes et de stupéfiants. La brigade, qui relève de la direction du renseignement, sera aussi en charge de suivre les affaires de terrorisme et de sûreté de l'Etat. 

L'annonce intervient deux jours après les attants de Tunis, largement condamnés par le chef du gouvernement. Abdelilah Benkirane s'est aussi inquiété de l'impact du drame sur l'ensemble de la région. Depuis plus d'un an le Maroc redouble d'efforts pour minimiser les risques d'attaques terroristes sur son sol.

En complément du plan Hadar

Les autorités multiplient le démantèlement de cellules de recrutement et les arrestations de candidats au jihad. Cette nouvelle brigade vient compléter le plan Hadar, mis en place en octobre dernier, qui déploie des patrouilles militaires dans les lieux publics.

Rabat s'inquiète principalement du retour au pays de jihadistes marocains des zones de conflits. Selon les autorités, 2 000 de ses ressortissants combattraient actuellement aux côtés de l'organisation Etat islamique, en Irak et en Syrie.