Barrage sur le Nil: accord entre le Soudan, l’Egypte et l’Ethiopie

De gauche à droite, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le président soudanais Omar el-Béchir et le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn. Khartoum, lundi 23 mars 2015.
© REUTERS/ Mohamed Nureldin Abdallah

On l'appelle le barrage Grande renaissance. C'est un immense chantier dont l'accord de principe vient d'être signé à Khartoum. L'Egypte et le Soudan ont donné leur feu vert à la construction par l'Ethiopie d'un immense barrage sur le Nil bleu. Un projet pharaonique.

Une déclaration de principe concernant l'édification du barrage Grande renaissance, en Ethiopie, a été signé ce lundi par le président soudanais Omar el-Béchir, le pays hôte, son homologue égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, et le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, qui doit lancer cet ouvrage sur les rives du Nil bleu.

L'Egypte, qui était opposée à ce projet, a eu des garanties que le barrage ne modifierait pas sa part des eaux du Nil, soit 55 milliards de mètres cubes, et que l'eau ne servirait pas à l'irrigation de terres agricoles et serait informée de toutes les conclusions du bureau d'études.

Quant au Soudan, il a toujours soutenu le projet, l'Ethiopie s'était engagée à lui fournir l'énergie électrique à des prix préférentiels. Le barrage Grande renaissance une fois achevé, aura une retenue de 74 milliards de mètres cubes.

De l’électricité pour toute la région

Le barrage Grande renaissance sera en 2017 le plus imposant de tous les barrages hydroélectriques d'Afrique. Avec une puissance de 6 000 mégawatts d'électricité, soit trois fois la puissance du barrage d'Assouan, ou encore huit fois la production totale d'électricité du Sénégal, sept fois celle de la Guinée.

Le barrage Grande renaissance, encore appelé Barrage du millénaire, va permettre à l'Ethiopie d'exporter de l'électricité chez ses voisins. Les deux Soudan, Djibouti, le Kenya, le Yémen, tous sont intéressés par cette électricité à bas coût et dont l'exportation rapportera à l'Ethiopie 700 millions d'euros par an. Le barrage coûtera au total 4,5 milliards d'euros. Une somme financée à la fois par l'Etat et les Ethiopiens via un emprunt obligataire lancé par le gouvernement.

Outre l'électricité, le barrage va permettre à l'agriculture irriguée de faire un bond en avant. Aujourd'hui, seuls 3 % des terres agricoles sont irriguées. Dans deux ans, les agriculteurs auront à disposition une partie des 63 milliards de mètres cubes d'eau retenues par le barrage.

Le Caire et Addis-Abeba réconciliés

L’accord de Khartoum scelle ainsi la réconciliation entre l’Egypte et l’Ethiopie, comme l'explique notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a en effet déclaré à Khartoum que « grâce au dialogue nous sommes parvenus à conclure un accord préservant les intérêts de toutes les parties ». Le Nil bleu venant d’Ethiopie fournit 85 % des 56 milliards de mètres cubes d’eau dont dispose annuellement l’Egypte.

Une Egypte qui aura dépassé les 100 millions d’habitants avant 2020. Depuis l’arrivée du président Sissi au pouvoir en juin 2014, les relations entre l’Egypte et l’Ethiopie ont enregistré des progrès spectaculaires. L’ex-maréchal et chef des services des renseignements militaires s’est avéré beaucoup plus diplomate que le président Frère musulman Mohamed Morsi qu’il a destitué en 2013.

Nul n’a oublié, en Egypte et en Ethiopie, cette réunion à la présidence égyptienne où toutes sortes de menaces, y compris la guerre, avaient été tenues. Une réunion qui avait été diffusée « par erreur » et en direct sur les écrans de la télévision étatique égyptienne.