Le Festival d’Avignon 2015 programme le «Roi Lear» et Kamel Daoud

Détail de l'affiche officielle du 69e Festival d'Avignon qui aura lieu du 4 au 25 juillet 2015. Illustration : Guillaume Bresson.
© Guillaume Bresson / Studio Allez

La 69e édition du plus important événement théâtrale en Europe sera « un feu d’artifice artistique », a promis Olivier Py, pour la deuxième fois directeur du Festival d’Avignon, lors de la conférence de presse le 27 mars à Paris. L’ambition est visiblement restée intacte, malgré un budget réduit de 5% et un Festival écourté de deux jours et qui n’ouvrira pas son site mythique, la Carrière de Boulbon. Entre le 4 et le 25 juillet, 47 spectacles de théâtre, mais aussi de danse et de musique sont programmés sous la formule « Je suis l’autre », en allusion au mouvement qui a réuni la France après les attentats contre Charlie Hebdo. Entretien.

RFI : Le 69e Festival d’Avignon ouvrira avec un Roi Lear de Shakespeare, traduit et mis en scène par vos soins dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Une histoire qui parle de la souffrance humaine, des tragédies familiales, de l’orgueil et de l’effondrement. Est-ce que c’est une pièce emblématique pour cette édition et pour notre société actuelle ?

Olivier Py : Oui. C’est une pièce qui a été emblématique pendant tout le XXe siècle, parce qu’elle semblait raconter le XXe siècle. Je dirais même que c’est la meilleure pièce du « vingtième siècle », un siècle difficile, violent, dans lequel un doute sur le langage, sur les capacités du langage, sur la force des mots et peut-être même sur la politique s’est infiltré partout, jusqu’à la catastrophe que nous avons connue. Le Roi Lear parle de tout cela. Shakespeare a toujours sa place dans la Cour d’honneur. Le Festival d’Avignon a ouvert avec Shakespeare dans la Cour, c’est toujours l’auteur chéri du Festival d’Avignon.

L’année dernière, vous aviez programmé des créations de cinq continents. En 2015, l’Afrique et surtout l’Afrique du Nord est présente à travers de Meursaults, d’après le livre Meursault, contre-enquête de l’auteur algérien Kamel Daoud, menacé par une fatwa. Pourquoi ce sujet est essentiel pour le Festival d’Avignon ?

Parce que le texte de Daoud est absolument magnifique. C’est une réponse à L’Étranger de Camus, écrite par un Algérien. Et nous avons envie qu’il y ait toujours une présence du monde arabe, du monde oriental et de l’Afrique à Avignon, parce qu’Avignon est une terre de métissage, de rencontres. C’est une ville multiculturelle et nous l’aimons comme telle. Il y a bien sûr d’autres horizons qui seront là, notamment un focus sur l’Argentine.

Autre titre en résonance avec l’Afrique, Tombouctou, déjà-vu, une pièce de la chorégraphe Emmanuelle Vo-Dinh. Est-ce que cela nous changera du film Timbuktu d’Abderrahmane Sissako ?

Cela n’a absolument aucun rapport. Cette pièce n’a pas de rapport direct avec l’Afrique. C’est plutôt le cas de la pièce Le Bal du Cercle de Fatou Sissé qui est Sénégalaise et qui raconte la vie des femmes au Sénégal et qui parle plus directement de la société sénégalaise. Et puis, il y aura le très beau spectacle de l’Égyptien Ahmed El Attar, The Last Supper, qui raconte la classe sociale haute, l’élite, au Caire, indifférente aux révolutions et à la rue.

Le mot d’ordre de cette édition 2015 du Festival d’Avignon s’appelle « Je suis l’autre ». Est-ce la suite de « Je suis Charlie » ?

Bien sûr, c’est une suite de « Je suis Charlie ». C’est aussi une suite des difficultés politiques que nous avons dans ce département du Vaucluse où le score du Front national est le plus haut de France. C’est aussi une suite de l’inquiétude qu’on peut avoir sur le lien social. Moi, je crois à des villes comme Avignon où l’on vit ensemble, musulmans, chrétiens, juifs, tous ensemble, heureux d’être là, à Avignon, en se pensant d’abord des enfants de la Méditerranée et des enfants de la culture avant tout repli identitaire. Le Festival d’Avignon ne pourra jamais être le complice d’un parti nationaliste.

► Découvrez la très riche programmation du 69e Festival d’Avignon, du 4 au 25 juillet 2015.
► RFI fera entendre au Festival d’Avignon 2015 à nouveau des textes d’auteurs contemporains sous le titre Ca va, ça va le monde !
Voici les lectures multimédia de 2014.

 

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