Massacre de Marikana: le rapport Farlam rendu à Jacob Zuma

La communauté minière sur le site de Marikana surnommée la «Colline de l'horreur » lors de l’hommage rendu aux 34 mineurs, le 23 août 2012.
© REUTERS/Siphiwe Sibeko

Plus de deux ans après le massacre de Marikana en août 2012 lors duquel 34 mineurs avait été tués, une commission d’enquête, chargé de déterminer les responsabilités, a rendu ses conclusions, ce mardi 31 mars. L’incident, qualifié de pire fusillade depuis la fin de l’apartheid, avait provoqué un vrai choc dans le pays.

2012, dans le bassin minier de Marikana, à une centaine de kilomètres, à l’est de Johannesburg. Plusieurs centaines de travailleurs d’une mine de platine sont en grève, déclarée illégale. Ils appartiennent à un petit syndicat radical, Amcu, et demandent des augmentations de salaire. La grève durait depuis plusieurs semaines et les tensions étaient très vives entre les différents syndicats, mais aussi avec la police.

Le jour de la fusillade, le 16 août 2012, plusieurs centaines de grévistes sont rassemblés sur un terrain vague à proximité de la mine. La police est présente en grand nombre et lourdement armée. La confrontation dégénère, la police tire à vue : 34 mineurs sont tués et 70 sont blessés. L’incident provoque une onde de choc dans l’opinion publique.

Depuis, une commission d’enquête a été mise sur pied pour déterminer les responsabilités des uns et des autres. Et répondre aux questions, nombreuses : pourquoi il y avait-il une présence policière aussi importante ? Pourquoi la police a-t-elle tiré à balles réelles ? Qui a donné l’ordre de tirer ? S’agissait-il de légitime défense ?

Légitime défense invoquée par la police

La police a toujours invoqué la légitime défense, expliquant que les mineurs étaient armés. Sur les images filmées par les télévisions locales, on voit des grévistes armés de lances et de machettes. Selon des témoignages de la police, certains mineurs possédaient des armes à feu et semblaient menaçants.

Les jours précédents, il y avait eu des incidents dont un policier et un agent de sécurité, tués à la machette probablement par des grévistes.

Les mineurs font état d’un scénario différent

Les témoignages de mineurs devant la commission font état d’un tout autre scénario. Selon eux, la police est venue lourdement armée, avec des sacs mortuaires, comme si elle était préparée pour une confrontation. Elle a fait un usage excessif de la force ; certains mineurs ont d’ailleurs été atteints de dix à quinze balles dont certains dans le dos alors qu’ils fuyaient.

Les audiences ont révélé que la police avait tenté de dissimuler certaines informations à la commission, ce qui jette un doute sur la thèse de la légitime défense.

L’actuel vice-président de la république impliqué

La responsabilité de la police est d’autant plus sensible qu’elle implique Cyril Ramaphosa, l’actuel vice-président du pays. A l’époque, il faisait partie du conseil d’administration de la compagnie minière Lonmin où travaillaient les grévistes.

La commission Farlam a révélé qu’il a envoyé, la veille du drame, un courriel au ministre de la Police réclamant le recours à la force publique pour rétablir l'ordre dans les mines. Dans ce même courriel, il jugeait que la grève à Marikana prenait une tournure criminelle et méritait une réponse « appropriée ».

Pour les avocats des mineurs, il y a clairement eu collusion entre la police, Ramaphosa et le groupe minier pour réprimer sévèrement cette grève. Jusqu'à ce jour, aucun responsable de la police n'a été inculpé ou sanctionné.

Une commission d’enquête sans réel pouvoir juridique

La commission n’a aucun pouvoir juridique mais en revanche, elle peut recommander des mises en examen. Elle peut conclure que le vice-président a une part de responsabilité et recommander qu’il répondre de ses actes devant la justice.

Le rapport de la commission a été directement remis au président de la République, ce mardi 31 mars, mais celui-ci n’est pas obligé de le rendre public. Les familles des victimes et différentes associations demandent que ce rapport soit immédiatement publié. Elles attendent également que justice soit faite et que tous ceux, reconnus responsables, soient inculpés. Elles demandent, par ailleurs, des compensations financières pour la perte de leurs proches.

Les familles sont toutefois réalistes. Cette commission a été mise sur pied pour apaiser l’opinion publique mais, au final, n’a pas grand pouvoir.