RDC: Obama exhorte Kabila à respecter le calendrier électoral

Le président américain, Barack Obama, a exhorté, mardi 31 mars, son homologue congolaais Joseph Kabila à respecter la Constitution.
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C’est un coup de fil qui en dit long sur les relations entre les Etats-Unis et la République démocratique du Congo (RDC). Selon la Maison Blanche, le président américain Barack Obama a appelé son homologue congolais, Joseph Kabila, avec lequel il a évoqué l'importance d'élections tenues dans les délais constitutionnels, crédibles et pacifiques. Le président Kabila lui aurait fait part de sa préoccupation quant à la participation de diplomates américains à une conférence de presse organisée par la société civile.

C'est la Maison Blanche qui a pris l'initiative de communiquer sur cet échange téléphonique. Barack Obama a surtout voulu échanger avec le président congolais sur le cycle électoral à venir, insistant, selon le communiqué de la présidence américaine, à ce que ces élections soient tenues dans les délais et dans le respect de la Constitution ainsi que des droits de tous les citoyens. Le président américain aurait noté, au cours de cette conversation, que l'héritage politique du chef de l'Etat congolais ne pourrait être que consolidé par des élections libres et justes en 2016.

« Engagement commun contre les groupes armés »

Toujours selon la Maison Blanche, le deuxième gros dossier concerne la traque des FDLR. « Les deux chefs d'Etat ont rappelé leur engagement commun à lutter contre les groupes armés et en particulier les rebelles hutus rwandais », explique le communiqué américain qui affirme également que Barack Obama a plaidé pour la reprise de la coopération entre l'armée congolaise et la Monusco.

« Il a plaidé auprès du président Kabila pour que cette collaboration reprenne. Le président va examiner cela. Il n’a pris aucune décision. Puis Barack Obama a encouragé notre président à poursuivre l’œuvre de démocratisation pour laquelle il l’a félicité et de l’amener jusqu’au bout en donnant au peuple congolais la possibilité d’avoir des élections qui respectent la Constitution, les droits de l’homme et les droits des individus », a expliqué Lambert Mendé, joint par RFI.

« Opération de destabilisation »

Le porte-parole du gouvernement congolais s’est par ailleurs étonné d'une omission dans ce communiqué américain. Joseph Kabila aurait en effet évoqué l'implication d'un diplomate américain d'origine congolaise, basé en Afrique de l'Ouest, dans ce qu'il qualifie de tentative de déstabilisation, à savoir la venue, à Kinshasa, des militants des mouvements Y'en a marre et Balai citoyen. Ces militants, libérés depuis, ainsi que plusieurs activistes congolais toujours détenus, sont accusés par Kinshasa d'avoir voulu organiser une insurrection armée.

« Vous savez que même la présidence avait émis un communiqué accusant un ambassadeur américain dans un pays de l’Afrique de l’Ouest, originaire de RDC, d’avoir participé à cette opération de déstabilisation et donc les deux présidents devaient au moins parler de cela. Pour nous, c’était le sujet important », a tenu à souligner, sur RFI, Lambert Mendé.

Pour rappel, un diplomate américain avait été arrêté quelques heures avec les militants africains de la société civile à l'issue d'une conférence de presse. Il avait été libéré quelques heures plus tard. Les Etats-Unis avaient reconnu avoir financé, en partie, ces activités destinées, selon Washington, à encourager la jeunesse à avoir un engagement citoyen.

Vu des Etats-Unis

« Le président des Etats-Unis souligne l’importance d’élections crédibles, qui respectent la Constitution congolaise et protègent les droits de tous les citoyens, des élections qui se tiennent dans les délais prévus. »

Le communiqué de la Maison Blanche est clair : pour Barack Obama, Joseph Kabila doit penser à l’héritage qu’il laissera à son pays, « un Congo en paix, dans lequel la démocratie a progressé grâce au scrutin attendu en 2016 ». Plus simplement, Joseph Kabila ne doit pas modifier la Constitution congolaise, il doit passer la main, et si ces conditions sont remplies, les Etats-Unis sont prêts à continuer de s’impliquer dans les années qui viennent, explique notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomaccio.

Le court communiqué de la Maison Blanche reflète le point de vue de Barack Obama, qui reste sur une position exprimée lors du sommet Etats-Unis - Afrique du mois d’août dernier : « des institutions fortes sont plus importantes que des leaders providentiels pour le développement de l’Afrique », avait-il déclaré en substance.

Il ne faut pas oublier que 2016 est aussi l’année de la présidentielle américaine, et certains diplomates africains, sous couvert d’anonymat, expliquaient lors du sommet que ces dossiers ne seront bientôt plus du ressort de Barack Obama, mais de son successeur.