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Kenya

Le Kenya toujours sous le choc après l'attaque des shebabs

Une messe a été célébrée dimanche de Pâques à la basilique de Nairobi, en mémoire des victimes de l'université de Garissa, le 5 avril 2015.
© REUTERS/Thomas Mukoya

Au deuxième jour du deuil national décrété après le massacre à l'université de Garissa, l'aviation militaire kényane annonce avoir bombardé ce lundi en Somalie deux camps des islamistes shebabs, qui ont revendiqué cette attaque ayant fait 148 morts, dont 142 étudiants. L’attaque la plus meurtrière dans le pays depuis celle contre l’ambassade des Etats-Unis en 1998.

Avec notre envoyée spéciale à Nairobi

A Nairobi, la capitale kenyane, des dizaines de familles attendent toujours de savoir ce qui est arrivé à leur proche. C’est un vrai parcours du combattant. Dimanche soir, une famille qui avait fait quelque 600 kilomètres pour savoir ce qu’il est advenu de leur proche est arrivée. Eliud était étudiant de deuxième année. Depuis l’attaque, ils sont sans nouvelles de lui. Dans un premier temps, les autorités les avaient rassurés en affirmant qu’Eliud était en vie. Mais il n’était pas parmi les survivants. Donc sa famille a été renvoyée vers la morgue de Nairobi où tous les corps ont été rapatriés le weekend dernier.

Les autorités ont enchaîné les maladresses

Et c’est loin d’être un cas unique. Les autorités ont cumulé les maladresses. A l’extérieur de la morgue, il y a des tentes où des dizaines de personnes attendent chaque jour patiemment d’être appelées pour pouvoir examiner les corps. Mais entre les blessures infligées par les shebabs, souvent à la tête et le transport depuis Garissa, les conditions météorologiques, aujourd’hui l’essentiel de ces corps ne sont pas identifiables, en tout cas pas de vue.

Et pourtant, ces familles défilent à chaque fois devant une bonne centaine de corps toujours pas identifiés, une vision d’horreur. Le directeur du centre national de gestion des catastrophes était justement sur place ce lundi matin pour briefer les personnels qui les accompagnent dans ce processus d’identification. La patience est le maître mot. En comparant les empreintes digitales relevées sur les corps avec le fichier biométrique du bureau national de recensement, il espérait que tous les corps pourraient même être identifiés dès ce lundi soir.

L’un des tueurs identifiés était diplômé de la faculté

Sur le campus de la fac de droit de Nairobi, les étudiants ont été touchés à plus d’un titre par cette histoire. Et notamment parce que l’un des tueurs identifiés par les autorités était diplômé de cette faculté. Abdirahim Abdullahi a été diplômé en 2013, deuxième de sa classe tout de même, il était promis à un brillant avenir. Cool, ouvert, normal. Ses camarades de classe n’arrivent pas à comprendre quand et comment il a pu être recruté par les shebabs. Ils ont appris depuis que ses parents avaient signalé sa disparition aux autorités, un an avant l’attaque. Informations recueillies par la presse locale.

L’un des représentants des étudiants confiait à RFI que Abdirahim Abdullahi avait même fait campagne pour lui. Il était toujours habillé en costume cravate « très classe », selon le représentant des étudiants qui du coup lui avait même demandé de lui acheter des costumes identiques.

Un autre étudiant, musulman plutôt pratiquant, a expliqué à RFI qu’Abdirahim Abdullahi n’était pas religieux à l’époque, en tout cas moins que lui. Entre les lignes, on comprenait que ce jeune désapprouvait les comportements de l’époque du futur assaillant de l’université de Garissa.

Les Kényans craignent encore plus d'insécurité dans le pays

Evidemment, du coup, ils se posent tous beaucoup de questions. Quand a-t-il été recruté ? Est-ce à l’université ? Comment a-t-il pu tomber dans les griffes des shebabs ? Et puis surtout, que leur a-t-il raconté sur les habitudes des étudiants à la faculté de droit ? « Il connaissait chaque recoin, nos habitudes, celles des agents de sécurité », s’inquiète une étudiante. Voilà un peu le climat.

Autre fait marquant, l'annonce ce lundi de l’armée kényane à propos d’une opération aérienne de représailles sur deux camps shebabs dans le sud de la Somalie. Opérations de représailles qui avaient été annoncées par le président Kenyatta. Selon le porte-parole de l’armée, deux camps shebabs du sud de la Somalie, de la région de Gedo, auraient été détruits. Une information à prendre au conditionnel. Après chaque attaque, le gouvernement kenyan annonce des opérations difficiles à vérifier de sources indépendantes.

Les shebabs menacent le Kenya de nouvelles opérations jusqu’au retrait des troupes kenyanes de Somalie. Et ce discours fonctionne d’une certaine manière. L’opposition ici s’est déjà prononcée pour un retrait. Et tous les Kenyans que RFI a pu interroger depuis l’annonce de ces frappes se demandent si cela ne va pas créer plus d’insécurité dans le pays. Ils craignent de nouveaux attentats et commencent à se dire que les troupes feraient mieux d’assurer leur sécurité ici.

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