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Kenya

Kenya : la jeunesse demande des comptes au gouvernement

Une croix et un drapeau en hommage de chacune des victimes de l'attaque de l'université de Garissa, à Nairobi, le 7 avril 2015.
© Sonia ROLLEY/RFI

Des étudiants kényans ont manifesté mardi 7 avril à Nairobi, la capitale, pour réclamer plus de sécurité après le massacre sur le campus de Garissa, la semaine dernière. Reportage. 

De notre envoyée spéciale,

Une croix et un drapeau du Kenya pour chaque victime, un panneau aussi avec les quelques photos des élèves assassinés à Garissa jeudi dernier… Cette veillée avait été annoncée sur Facebook par Boniface Mwangi, un jeune activiste bien connu ici au Kenya depuis les violences post-électorales de 2007…

Une initiative citoyenne, donc, qui s’est déroulée dans le parc Uhuru en plein cœur de Nairobi. Le rassemblement n’avait rien d’impressionnant, les Kényans défilaient depuis 17h, pour quelques minutes ou plus pour allumer une bougie, parler de ce qui s’est passé à Garissa. Le temps fort, c’est sans nul doute à la tombée de la nuit, la distribution de bougies, et la lecture des noms de toutes les victimes de Garissa.

Veillée en hommage des victimes du massacre du campus universitaire de Garissa, dans le parc Uhuru, à Nairobi, le 7 avril 2015. © Sonia ROLLEY/RFI

Pour qu’ils ne restent pas qu'un chiffre, a dit l’organisateur Boniface Mwangi… faisant écho à la campagne sur les réseaux sociaux… 147 n’est pas qu’un chiffre. Et puis des discours… A commencer par celui de Boniface Mwangi… « Le gouvernement doit rendre des comptes », a dit à la foule le jeune activiste qui a rappelé les budgets attribués à certains services de sécurité, les mesures de sécurité qui entourent aussi les membres du gouvernement et du Parlement… Quand des Kényans sont tués, a-t-il renchéri. « Ne l’oubliez pas, vous payez des impôts, le président Kenyatta est votre employé », a-t-il conclu.

L’autre discours marquant, c’est celui de l’une des victimes de l’attaque contre le centre commercial de Westgate, c’était il y a deux ans. Lui aussi, il a appelé à ce que le gouvernement rende des comptes, à ce que les Kényans ne s’enferment pas dans la peur... C’était juste un moment, une trentaine de minutes, les organisateurs ont ensuite invité les quelques centaines de Kényans qui étaient venus à rester, à partir, à faire de ce rassemblement ce qu’ils souhaitaient et on a vu des groupes se former et chanter, faire des cercles avec les bougies, déposer des fleurs et parler… Une conversation saisie au vol entre deux jeunes femmes qui se souvenaient d’avoir assisté à des rassemblements similaires après l’attaque du Westgate. Et après, après on a oublié… Cette fois, il ne faut pas qu’on oublie… Voilà ce qu’elles se sont dit.

Distribution de bougies et lecture des noms des victimes de Garissa, « pour qu'ils ne restent pas qu'un chiffre », faisant écho à la campagne sur les réseaux sociaux #147notjustanumber, à Nairobi, le 7 avril 2015. © Sonia ROLLEY/RFI

Manifestation d’étudiants…

C’était un autre type d’hommage, quelques centaines d’étudiants là encore qui ont marché dans le centre de Nairobi, bloquant la circulation, s’arrêtant même pour prier… Comme ça, à genoux, au milieu d’une avenue… Une minute de silence… Mais là aussi, un message pour le gouvernement. Ces étudiants des établissements techniques, comme ceux d’autres universités ces derniers jours, réclament plus de sécurité sur leur campus. 

Pour l’instant, la plupart des campus à Nairobi sont encore moins sécurisés que celui de Garissa. Ils n’ont que des gardes de sécurité privés, rien, estiment les étudiants qui puissent empêcher les shebabs de les frapper aujourd’hui. « Nous sommes tués et que fait le gouvernement ? De la com' », a lancé l’un des leaders de cette manifestation improvisée… Des mots qui font écho à ceux de Boniface Mwangi ce soir… Alors que les médias et surtout les médias locaux ont révélé ces derniers jours des manquements dans la gestion de cette crise, avant, pendant et après le massacre de Garissa, on sent la colère monter au sein de cette jeunesse kényane.

« Des mots très durs à l’égard du gouvernement »

Et ce mardi soir, le directeur de la communication digitale du président Kenyatta qui était présent au rassemblement d’Uhuru Park a expliqué à RFI que le gouvernement faisait tout ce qui était humainement possible, mais il a promis, une fois la crise passée, que la réaction des services de sécurité et du gouvernement en général serait examinée de près pour évaluer les manquements éventuels qui auraient pu avoir lieu.

«  En tant qu’équipe de la communication du président, nous sommes là pour déposer des gerbes de fleurs et allumer des bougies à la mémoire des victimes de Garissa et de présenter nos condoléances aux familles qui ont été affectées et de participer à cet événement avec nos concitoyens.

Il y a des mots très durs à l’égard du gouvernement qui ont été prononcés lors des discours. Est-ce que le gouvernement, comme ils le disent, doit faire plus et rendre des comptes ?

Nous écoutons et oui, nous allons évaluer ce qui s’est passé. Mais une fois que les opérations sont terminées, parce que la crise est toujours en cours. Nous essayons de nettoyer l’université, de transférer les étudiants qui en ont fait la demande au ministère de l’Education dans d’autres écoles. Mais beaucoup a été fait depuis cette attaque. Mais je vous assure qu’une fois tout ça terminé, on ne va pas oublier et on va regarder tout ce qui est fait ou pas fait. Et régler les problèmes qui doivent l’être. C’est ça, rendre des comptes.

Mais le plus important après ce genre d’événement, c’est de ne pas se lancer dans le jeu de qui blâme qui, de ne pas chercher qui a raison ou qui a tort, mais de participer tous ensemble à la lutte contre le terrorisme, de leur dire qu’ils ne vont pas entamer le moral des Kényans. Nous sommes avant tout là pour dire que nous sommes debout et prêts à affronter les terroristes et le terrorisme », a déclaré Dennis Itumbi, directeur de communication du président Kenyatta.

Des bougies placées auprès de chaque croix en hommage à chacune des victimes de l'attaque de Garissa, parc Uhuru, à Nairobi, le 7 avril 2015. , © Sonia ROLLEY/RFI

► Ce mercredi soir sur RFI, l’émission Décryptage sera consacrée à l’Attaque de Garissa : l’Etat kenyan a-t-il failli ? Nathalie Amar reçoit Benoît Hazard, anthropologue, chargé de recherches au CNRS et spécialiste du Kenya. A retrouver entre 17h10-17h30 (TU).

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