Attentat au Kenya: la communauté somalie se sent montrée du doigt

Un centre de don de sang dans le quartier d'Eastleigh où vivent beaucoup de membres de la communauté somalie.
© RFI / Sonia Rolley

Au Kenya, depuis le drame de Garissa, la communauté somalie est sommée de nommer ceux qui, en son sein, soutiendraient les shebabs. Cette semaine, plusieurs de ses responsables politiques ont promis de donner dans les tout prochains jours une liste de noms. Parmi les auteurs de cette attaque figurait au moins un Kényan somali. D’autres ont été arrêtés en lien avec cette affaire. Mais comme après chaque attaque, des voix s’élèvent pour dénoncer à Garissa, sur la côte kényane, mais aussi à Nairobi, une répression qui s’abat sans distinction sur toute cette communauté, historiquement discriminée au Kenya.

Avec notre envoyée spéciale à Nairobi,

Eastleigh, le quartier somali de Nairobi, est l’épicentre de ces problèmes liés au terrorisme. Clive Wanguthi est l’un des leaders de la communauté somalie d’Eastleigh : « Chaque fois qu’il se passe quelque chose ailleurs dans le pays, les gens commencent à nous regarder avec de la haine, la police vient et la communauté s’inquiète, est sous tension, regrette-t-il. Nous, on veut bien de la police. Quand ils sont là, les shebabs ne lancent plus de grenades. Mais nous sommes contre l’extorsion, le harcèlement et la discrimination. »

L’an dernier, à la suite à une série d’attaques à la grenade dans le quartier, la police avait pendant des mois mené des opérations qui avaient été vivement critiquées par les défenseurs des droits de l’homme en raison de leur brutalité et de leur caractère discriminatoire. Depuis le drame de Garissa, des nouvelles opérations ont lieu. Mais personne ne semble vouloir en parler. « C’est trop tendu, ils vont savoir qu’on vous a parlé », dit hors micro un jeune d’Eastleigh. L’un des imams du quartier intervient pour rassurer. Mais Ismael Ibrahim Maalim se voit opposer le même refus. Il est dépité : « Ils ne sont pas prêts à parler, ces gens fuient leurs propres problèmes. »

Dans la cage d’un immeuble d’une autre rue d’Eastleigh, un groupe de femmes évoque du porte-à-porte, des contrôles d’identité et des menaces d’arrestations qui se règlent à coup de shillings kényans. « L’an dernier, c’était très violent. Mais aujourd’hui, ils viennent, on leur tend un billet et ils s’en vont », confie l’une de ces femmes.

Les Somalis affichent leur solidarité pour dissiper les doutes

C'est justement dans ce quartier qu'ont fait escale, avec l’aide des responsables locaux, des centres de collecte de sang. Car après l'attaque de Garissa, il faut renflouer la banque nationale du sang dont les stocks ont baissé suite aux traitements apportés aux blessés. Depuis dimanche dernier, ces centres de dons de sang itinérants sont visibles dans différents quartiers de Nairobi, mais le choix d'Eastleigh n'est pas anodin.

« Je donne mon sang pour, disons, " mes enfants " de cette université attaquée par les shebabs. Je dois me montrer solidaire », explique un anonyme d’Eastleigh encadré par des leaders communautaires, religieux et de grands commerçants. Dans ce quartier surnommé le « petit Mogadiscio », on a à cœur de montrer qu’on se mobilise comme le reste du pays. « L’islam est une religion pacifique qui interdit toutes les formes de meurtre, souligne Ismael Ibrahim Maalim, l’imam de la mosquée voisine. Nous sommes solidaires avec les victimes de Garissa, c’est pour ça qu’on a organisé ça et d’autres manifestations pour montrer aux autres Kényans que les résidents d’Eastleigh ne soutiennent en rien ce qui s’est passé à Garissa. »

Et ils arrivent par dizaines, hommes comme femmes pour donner leur sang : Kényans somalis, réfugiés somaliens ou éthiopiens. Clive Wanguthi, qui fait partie des leaders du quartier, est aussi l'organisateur de cette collecte. Il tient à faire une mise au point : « Ils disent que les shebabs se cachent au milieu de ces gens. On ne sait pas qui ils sont. C’est possible qu’ils se cachent parmi nous, mais je peux vous dire que je n’en ai jamais vu et qu’aucun de mes amis ou voisins n’en connaît », insiste-t-il. Juste avant la prière de la mi-journée, le chapiteau est démonté. Et les poches de sang sont immédiatement acheminées vers la banque kényane du sang.

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