Projet de nouveau code électoral: le Burkina Faso en ébullition

Sur les murs du stade municipal de Ouagadougou.
© © RFI/Guillaume Thibault

Les réactions à la décision du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et ses alliés de suspendre leur participation aux organes de la transition se multiplient. Le gouvernement appelle tous les Burkinabè à soutenir le projet de nouveau code électoral et se dit toujours ouvert au dialogue. Dans la société civile, le projet est cependant diversement apprécié. Les partenaires du pays ne cachent pas non plus leur inquiétude.

Le gouvernement burkinabè, par la voix du ministre de la Communication, appelle l'ensemble des acteurs de la classe politique, de la société civile et la population à accompagner la mise en oeuvre du nouveau code électoral. « Un code conforme à l'esprit de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance et aux valeurs prônées par la charte de la transition », toujours selon le ministre de la Communication.

Un « chaos durable » ?

En déplorant la décision du CDP et de ses alliés de suspendre leur participation aux organes de la transition, Fréderic Nikiema précise que le gouvernement reste « ouvert au dialogue et à une gestion inclusive de la transition ». Pour le Cercle d'éveil, il faut sanctionner ceux qui ont conduit le Burkina Faso dans cette situation. « Le problème est que leur exclusion est le fait d'une loi et non d'une décision judiciaire », affirme Evariste Konsimbo, président de ce rassemblement.

Ismaël Diallo, porte-parole du Front de renforcement de la citoyenneté martèle que ce code est inspiré de la Charte africaine de la démocratie, et cette charte africaine a été signée et ratifiée par les mêmes responsables du CDP qui se plaignent aujourd'hui. L'analyste politique Siaka Coulibaly, ne voit pas les choses de la même façon. « Au regard du caractère discriminatoire de cette loi, il est indispensable de rappeler qu'en démocratie, les exclusions doivent être objectivement justifiées et fondées sur le droit, pas sur la politique » écrit l'analyste dans une tribune libre. « Une vengeance mal appliquée peut plonger le pays dans un chaos durable », prévient Siaka Coulibaly.

Critiques régionales

Le projet est aussi très critiqué dans la sous-région. Les partenaires du Burkina Faso dénoncent un texte de loi en totale violation - selon eux - avec l'esprit dans lequel la transition devait et devrait être conduite. Même si beaucoup ne se disent pas surpris par le vote du nouveau code électoral, mardi dernier, les partenaires du Burkina faso ne cachent pas leur inquiétude.

L'adoption du texte contesté a même fait l'objet d'un entretien téléphonique le jour du vote, entre le Sénégalais Macky Sall président du groupe de contact et le chef de l'Etat ghanéen qui préside la Cédéao. Aucune action concrète n'a certes pour l'instant été entreprise pour faire pression sur les acteurs de la transition burkinabè mais ça ne saurait tarder, assure un diplomate de la sous-région.

« Pourquoi ont-ils modifié le code électoral ? ils n'ont pas la légitimité pour », s'insurge un ministre d'un pays voisin qui dénonce une décision inique. « Ce vote s'est fait en violation totale avec ce qui avait été convenu en concertation avec les partenaires » ajoute un autre diplomate africain en charge du dossier, qui s'interroge : que vaudront des élections auxquelles l'opposition ne peut pas participer ?

Même position de principe du côté de l'Union africaine qui insiste à nouveau sur la nécessité d'une transition inclusive. « Les chefs d’états et de gouvernement de la Cédéao sont très déçus », résume le chef de la diplomatie d'un pays voisin qui comme tous nos interlocuteurs préfère pour l'instant garder l'anonymat.