A Dakar, «Y’en a marre» exige la libération des militants à Kinshasa

Capture d'écran d'une image diffusée par Y'en a marre lors d'une conférence de presse à Dakar le 20 mars dernier.
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Depuis un mois, au moins neuf militants de la société civile restent détenus au secret en République démocratique du Congo. Ils ne voient ni leurs avocats, ni leur famille et n'ont pas été présentés devant un juge. A Dakar, le mouvement Y’en a marre et des organisations de défense des droits de l’homme ont lancé une campagne pour leur libération immédiate.

Avec notre correspondante à Dakar, Carine Frenk

Lundi, le mouvement Y’en a marre et les organisations sénégalaises de défense des droits de l'homme parmi lesquelles Amnesty international, la Ligue sénégalaise des Droits de l'Homme et Article 19, ont lancé une grande campagne de mobilisation pour exiger la libération immédiate des militants de la société civile affiliés au mouvement « Filimbi » arrêté le 15 mars dernier à Kinshasa.

Quand l'Union africaine reste muette, quand les Etats africains et la communauté internationale se taisent, il est temps que les forces vives se mobilisent, juge Seydi Gassama, président de la section sénégalaise d'Amnesty international. « Dans le cas du Congo, c’est la liberté d’expression qui est en cause. La liberté de réunion qui est en cause. Ça, ce sont des libertés fondamentales, vitupère le militant. Or, manifestement, l’Etat veut, en intimidant ces jeunes, en les arrêtant et en les bâillonnant, tuer l’espoir qui était en train de naître. Et s’ils meurent au Congo, c’est tout l’espoir de l’avènement d’une vraie démocratie en Afrique qui va s’évanouir. »

Appels à manifester le 30 avril

Fadel Barro, coordonnateur de Y'en a marre, est l’un des trois Sénégalais arrêtés le 15 mars, avant d'être expulsé vers le Sénégal dans les jours qui ont suivi. Il dit n’avoir aucune nouvelle de ses camarades congolais et s’inquiète. « Le ministre de la Justice, monsieur (Alexis Thambwe) Mwamba, et le président Joseph Kabila, seront responsables de tout ce qui arrivera à ces jeunes-là », prévient Fadel Barro. « Il y a des exemples qui nous font peur. Combien de leaders sont entrés dans l’ANR (Agence Nationale de Renseignement, NDLR) ? Ils ne sont jamais ressortis. La dernière en date, c’est l’affaire Chebeya. Donc, il y a des raisons d’être inquiets. Au moins, qu’ils soient présentés à un juge. Que l’on sache. Que l’on puisse se mobiliser et répondre sur des principes de droit. Mais aujourd’hui, on ne peut absolument rien faire, à part se mobiliser dans la rue pour les faire libérer. »

Le 30 avril prochain, des rassemblements seront organisés devant des ambassades de la RDC dans de nombreux pays africains mais aussi en Europe. Une pétition est en ligne.


■ Rappel des faits :

Le 15 mars dernier, à l’issue d’une conférence de presse organisée à Kinshasa par plusieurs ONG congolaises (Jeunesse pour une nouvelle société (JNS), le Forum national de la jeunesse pour l'excellence (FNJE ) et Lutte pour le changement (LUCHA) à laquelle participaient plusieurs membres du mouvement sénégalais Y'en a marre et du collectif burkinabè Balai Citoyen, plusieurs militants ont été arrêtés.

Le 18 mars, une manifestation réclamant la libération de ces militants de la société civile a de nouveau débouché sur des interpellations.

Le lendemain, le 19 mars, les militants sénégalais et burkinabè arrêtés lors de la conférence de presse avaient été expulsés de RDC.