Un an après leur enlèvement, que sont devenues les lycéennes de Chibok?

Telles des fantômes, trois Chibok’s Girls échappées des griffes de Boko Haram assistent à une conférence de Lagos. 5 juin 2014.
© Reuters/Akintunde Akinleye

Au Nigeria, il y a un an, 276 lycéennes de la ville de Chibok, au nord-est du pays, ont été enlevées par des hommes de Boko Haram. Le rapt a lieu de nuit, alors que les élèves dorment dans l’internat de leur école. Une cinquantaine de jeunes lycéennes parviennent toutefois à prendre la fuite. Mais les 200 autres sont emmenées de force par les hommes de Boko Haram. Cet enlèvement a suscité l'émoi de la communauté internationale. Depuis peu d’informations circulent sur leurs conditions de captivité.

En un an, très peu d'informations ont filtré sur le sort des filles de Chibok. Mais ponctuellement, au cours de l'année, le groupe Boko Haram a posté des vidéos sur Internet, dans lesquelles on obtient quelques informations sur leurs conditions de détention. Dans une première vidéo, Abubakar Shekau, affirme que les filles de Chibok ont été mariées de force à des membres de son groupe. Puis une seconde vidéo les montre voilées, confirmant qu'elles auraient été converties de force à l'islam.

Des informations que semble confirmer cette jeune chrétienne de Gwoza, qui a été elle-même mariée de force. Elle affirme avoir appris le Coran avec les filles de Chibok : « La plupart de ces filles ont également été mariées de force. Elles portaient toutes le hijab. Elles ont été mariées à des Kanuri. Certaines étaient mariées à des Fulani. A chaque fois qu’on se voyait, elles se mettaient à pleurer, à pleurer très fort. Elles avaient vraiment l’air malheureuses. Elles sont sans espoir. Elles regrettent leur vie normale. Que peuvent-elles bien faire ? Elles ne peuvent pas courir et s’enfuir. Il y avait des hommes armés partout. Donc leur seul moyen de s’exprimer, c’était de pleurer ».

Cet enlèvement avait soulevé un émoi. D’une part parce qu'il s'agit d'un enlèvement de masse : ce sont plus de 200 jeunes filles qui ont été kidnappées en une nuit. Ensuite, parce que le groupe Boko Haram s'en est pris à un symbole : l'enseignement de type « occidental » comme ils le qualifient, par opposition à leur idéologie radicale. En enlevant les filles de Chibok, Boko Haram a voulu exprimer son rejet de la transmission de l'éducation à l’occidentale.

Plus de 2 000 kidnappings

De manière plus large, les combattants de Boko Haram s’en prennent aux hommes politiques, aux fonctionnaires, aux bénévoles qui ont rejoint des unités civiles de lutte contre leur mouvement. Ils s'en prennent surtout aux civils. Amnesty International estime à plus de 2 000, le nombre d'enlèvements de femmes. Sur la base de 400 témoignages, cette ONG dénonce des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, commis par Boko Haram.

« Plus de 5 500 personnes ont été tuées par Boko Haram depuis janvier 2014, y compris pendant les massacres de gangs en vigueur dans les villes attaquées ou contrôlées par Boko Haram. Ils ciblent spécifiquement les civils de manière systématique, ce qui constitue les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Je peux vous donner quelques exemples : il y avait des centaines de personnes tuées dans la ville de Magdalé en décembre parce qu’elles ont refusé de rejoindre les rangs de Boko Haram et plus de 600 personnes tuées quand Boko Haram a pris le contrôle de Gwoza en juillet », explique Steve Cockburn, directeur régional pour Amnesty International pour l'Afrique de l'Ouest et du centre.

Dans tous les cas, les familles de victimes continuent de se mobiliser, notamment autour du mouvement Bring Back Our Girls, qui initie depuis un an, une vaste campagne de sensibilisation à travers les réseaux sociaux. Ces derniers jours, ce collectif multiplie les veillées silencieuses dans les principales villes du pays, pour faire pression afin que les recherches se poursuivent.

« Aujourd'hui, nous n'avons pas d'indication montrant que les filles ont été tuées. Nous nous réjouissons des dernières progressions militaires dans le Nord, notées ces deux derniers mois. Nous n'avons pas lu ou entendu le moindre rapport faisant état de leur disparition. Donc tant que nous n'aurons pas de telles preuves, nous continuerons de demander au gouvernement de maintenir ses efforts pour les retrouver le plus vite possible », explique Rotimi Olawale.

Ce mardi, à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria, plusieurs centaines d'écoliers devraient s'associer à cette démarche en soutien aux lycéennes de Chibok.