Afrique du Sud: les actes xénophobes ne faiblissent pas à Durban

Des déplacés dans le camp d'Isipingo, dans le sud de Durban, viennent s'approvisionner en nourriture, mercredi 15 avril 2015.
© Alexandra Brangeon / RFI

La situation est encore tendue dans certains quartiers de Durban, après les attaques xénophobes de ces derniers jours. La ville portuaire est en proie à des violences, des attaques et des pillages de commerçants étrangers, depuis deux semaines. Cela a commencé il y a deux semaines après les propos du roi zoulou Goodwill Zwelithini, la plus haute autorité traditionnelle de la province du Kwazulu Natal, appelant les étrangers à faire leurs bagages et rentrer chez eux. Depuis, le gouvernement tente de contrôler la situation.

Un calme précaire règne dans certains quartiers de Durban. Ce mercredi matin, la police avait complètement bouclé un quartier du centre de la ville à forte population étrangère. Il n’y a pas eu d’incidents, mais la tension était très élevée. Plus d’une centaine de commerçants pakistanais, nigériens et congolais se sont rassemblés, visiblement prêts à affronter d’éventuels pilleurs.

Il y avait eu mardi des tentatives de pillages dans le centre-ville. Une confrontation avait été évitée de justesse. Il y a une légère accalmie par rapport à la semaine dernière. Depuis plusieurs jours, les autorités lancent des appels au calme et demandent aux Sud-Africains de ne pas se faire justice eux-mêmes.

Chômage élevé et endémique

Si les propos du roi zoulou de la province, qui avait appelé les étrangers à rentrer chez eux, ont été le déclencheur de ces actes de vandalisme, les problèmes sont bien évidemment plus profonds.

Le taux de chômage en Afrique du Sud est de plus de 25%, le double chez les jeunes. Dans les townships, ces derniers n'ont pas d’avenir.

La présence de cette population étrangère, notamment des petits commerçants étrangers qui travaillent dans les townships, est mal vécue. Au départ, on soupçonne même qu’il y a une concurrence entre commerçants locaux et commerçants étrangers qui s’est envenimée. C’est d'ailleurs ce qui s’est passé à Soweto en février dernier : des habitants avaient attaqué et pillé des commerçants étrangers en disant qu'ils prenaient leur travail.

Agressés au magasin et à domicile

Mais à Durban, les choses vont beaucoup plus loin. On parle là-bas de véritables attaques xénophobes. La population locale accuse les étrangers d’être à l’origine de la criminalité et des problèmes de drogue dans le pays. On commence en outre à entendre parler d’attaques d’étrangers à leur domicile.

Beaucoup ont fui dans la banlieue sud de Durban où la municipalité a érigé quatre camps. Au camp d’Isipingo, il y avait environ 400 personnes, principalement des Congolais, Burundais, Tanzaniens. Certains sont là depuis plus d’une semaine, d'autres viennent tout juste d’arriver.

Nous y avons rencontré Tharcisse, un Congolais de 34 ans, propriétaire d'une boutique de produits de beauté. Il a été attaqué vendredi dernier à son magasin, sévèrement battu à coup de pierre et de bâton. Il porte aujourd'hui deux grosses cicatrices sur la tête, et demeure encore très choqué. Le motif de son agression était clair : ses agresseurs lui ont très clairement signifié qu’il ne voulait pas d’étrangers dans le quartier. Son magasin a alors été entièrement pillé.

Dans ce même campement, nous avons aussi rencontré plusieurs femmes, également Congolaises, avec leurs enfants. Elles ont été attaquées à leur domicile, le soir, par des groupes de gens hurlant : « les étrangers dehors, on ne veut plus de vous ».

Bilan humain incertain

Elles se sont enfuies en laissant tout derrière. Elles n’ont que les vêtements qu’elles portent sur elles. Au moins trois d’entre elles ont confirmé à RFI qu’elles étaient sans nouvelle de leurs maris.

Ce qui nous amène au bilan. La police parle de quatre morts. Il y en aurait vraisemblablement plus. Les autorités ont réellement pris la mesure du problème il y a quelques jours. Les ministres de l’Intérieur, de la Sécurité et du Renseignement et de la Police sont à Durban. Ils rencontraient ce mercredi soir les différentes associations de commerçants sud-africains.

Et plusieurs ambassadeurs de pays dont les ressortissants ont été des victimes sont également ici pour discuter avec les autorités locales. L’ambassadeur éthiopien a rencontré le roi zoulou dans la matinée. Il n’a pas voulu faire de commentaire, faisant simplement part de son inquiétude.

Des déplacés dans le camp d'Isipingo, dans le sud de Durban, le 15 avril 2015. © Alexandra Brangeon / RFI