Afrique du Sud: 5 000 manifestants à Durban contre la xénophobie

Quelques milliers de personnes ont marché contre le racisme à Durban jeudi 16 avril après des violences xénophobes qui ont fait plusieurs morts ces derniers jours.
© REUTERS/Rogan Ward

En Afrique du Sud, des milliers de personnes ont manifesté, ce jeudi 16 avril, contre la xénophobie, à Durban. Depuis une quinzaine de jours, l’Afrique du Sud est confrontée à une série de violences xénophobes, notamment dans cette ville. Les immigrés sont accusés de la montée du chômage et de la hausse de la criminalité. Au moins six personnes ont été tuées. Le président sud-africain, Jacob Zuma, appelle au calme et à la fin des attaques xénophobes.

avec notre envoyée spéciale à Durban,

Dans le cortège, parti à la mi-journée de l’Hôtel de ville, de 4 à 5000 personnes, de nombreux jeunes, des membres de l’ANC le parti au pouvoir et des Sud-Africains inquiets des débordements de ces dernières semaines. Il y a également des Blancs et des Indiens. « Après tout ce qu’a vécu le pays, en arriver là, c’est vraiment dommage, j’ai honte », s’indignait Lyse, une femme blanche d’environ 50 ans.

« Je comprends la frustration des gens dans les townships et la jalousie envers les commerçants étrangers mais la violence n’est pas une solution. Nelson Mandela se retournerait dans sa tombe s’il nous voyait », disait à RFI une autre jeune femme d’environ 30 ans. Pour tous, il s’agit de rejeter ces attaques dont font l’objet les étrangers de Durban depuis près de trois semaines.

Nomonde, une Sud-Africaine mariée à un Mozambicain s'inquiète pour son enfant. « J’ai un enfant avec un étranger. S’ils le tapent et lui disent de partir, mon bébé n’aura pas de père. Je ne les comprends pas, les gens sont devenus des animaux » s'indigne la jeune femme.

L'étranger bouc émissaire

Dans la foule, le père joe Libermann s’inquiète aussi de cette monté de xénophobie notamment chez les jeunes. « Je vois tout les jours la frustration énorme de la population, notamment des jeunes au chômage, qui perdent leurs illusions et qui du coup sont ouvert a des idées radicales. Et si quelqu’un avec des idées populistes arrive en disant les étrangers sont le problème, ça devient facile de les utiliser comme bouc émissaire. »

En revanche, pas ou peu d’étrangers dans la foule. Les différentes communautés n’avaient pas appelé à venir manifesté par crainte de débordement, par désillusion aussi. En 2009, une vague de violence avait fait plus de 60 morts dans le pays et il n’y a pas encore eu de condamnation. D'autres dénoncent la récupération politique de cette manifestation organisée par le parti au pouvoir mais selon un leader de la communauté éthiopienne, les étrangers craignaient possibles débordements. De fait, la marche pour la paix a été émaillée par des tirs de gaz lacrymogène, une cinquantaine de contre-manifestants ayant tenté de perturber la manifestation.

Rappelons que les violences xénophobes de ces derniers jours ont fait au moins six morts.

Le président sud-africain appelle à la fin des violences xénophobes

Antoine Boyamba Okombo, vice-ministre des Congolais de l'étranger : nous nous réjouissons que le gouvernement sud-africain ait qualifié ces actes de «crimes»
17-04-2015 - Par Kamanda Wa Kamanda

Le président sud-africain, Jacob Zuma, a lancé jeudi dans l'après-midi un appel au calme et à la fin des attaques xénophobes, lors d’une allocution au Parlement, retransmise en direct à la télévision. Il a qualifié ces agressions de « violations » des valeurs sud-africaines.

« Nous avons été témoins, au cours de la semaine passée, de violences choquantes et inacceptables à l’encontre d’étrangers, dans plusieurs districts du Kwazulu Natal, et elles ont gagné plusieurs secteurs de la province de Johannesburg Pretoria. Des incidents similaires s’étaient produits à Soweto au mois de janvier. Aucune frustration aucune colère ne peut justifier des agressions d’étrangers et le pillage de leurs boutiques. Nous condamnons ces violences avec la plus grande fermeté. Ces attaques viennent violer toutes les valeurs qu’incarne l’Afrique du Sud, c'est-à-dire le respect pour la vie humaine, pour les droits de l’homme, la dignité et le vivre ensemble. Notre pays demeure résolument dressé contre toutes les formes d’intolérance et notamment le racisme, la xénophobie, l’homophobie et le sexisme », a insisté le chef de l'Etat sud-africain.

« Nous appelons au calme et à la fin des violences, et nous condamnons les attaques avec la plus grande fermeté. Nous souhaitons réitérer ici que les Sud-africains, dans leur ensemble, ne sont pas xénophobes. S’ils étaient xénophobes, nous n’aurions pas un nombre aussi élevé d’étrangers qui vivent ici et qui sont très bien intégrés dans nos communautés. Certains étrangers, c’est vrai, ont été arrêtés pour avoir commis des crimes divers mais on ne peut laisser dire qu’ils sont tous criminels. De nombreux étrangers sont venus ici armés de compétences rares et précieuses car elles participent au développement de notre économie et ces étrangers, s’ils souhaitent rester ici, sont les bienvenus. D’autres sont venus en Afrique du Sud en tant que réfugiés après avoir fui des conflits et des guerres dans leurs pays, de la même manière que des sud-africains, à une époque, ont quitté ce pays pour d’autres pays de l’Afrique et d’ailleurs, et ils ont été traités avec respect, dignité et générosité par nos frères et sœurs dans le reste du continent  », a ajouté le président sud-africain, Jacob Zuma.

Quelques incidents ont émaillé la manifestation, une cinquantaine de contre-manifestants ayant tenté de perturber cette marche pour la paix à Durban. © REUTERS/Rogan Ward