Afrique du Sud : l’ONU s’inquiète des violences xénophobes

Quelques incidents ont émaillé la manifestation, une cinquantaine de contre-manifestants ayant tenté de perturber cette marche pour la paix à Durban, le 16 avril 2015.
© REUTERS/Rogan Ward

En Afrique du Sud, plus de 5 000 étrangers, surtout des demandeurs d'asile et réfugiés africains, ont été déplacés par les violences, selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés(HCR). Ces violences ont démarré à Durban, il y a environ trois semaines, après un discours du roi zoulou – la plus haute autorité traditionnelle de la province - appelant les étrangers à rentrer chez eux. Depuis, les incidents se sont étendus dans d'autres villes.

Avec un chômage à plus de 25% et le double chez les jeunes, l’Afrique du Sud est une poudrière. Entre inégalités, pauvreté et frustrations, les tensions sociales sont très fortes et les plus de 2 millions d’étrangers en font les frais.

Pour Mary De Haas, chercheuse à l’université de Durban, le sentiment anti-étranger est présent depuis longtemps. Le roi zoulou n’a fait que l’exprimer tout haut.

« Les gens, dans les townships, vont dire que les étrangers doivent partir, car ils vendent de la drogue, mais c’est parce qu’ils sont visibles. Ils vont également dire qu’ils font de la concurrence injuste aux commerçants sud-africains parce qu’ils reçoivent des traitements de faveur. Et puis, il y a l’immigration illégale. Les Sud-Africains disent que beaucoup de ces étrangers ne viennent pas de pays en guerre », a-t-elle expliqué à RFI.

Les témoignages d’étrangers victimes de violence soulèvent de nombreuses questions. S’agit-il de xénophobie ou de criminalité ? La violence est-elle spontanée ? « Non », répond Mary de Hass.

« C’est bien planifié. Les résidents des quartiers disent ne pas connaitre les pilleurs ; qu’ils viennent de l’extérieur, ce qui montre un certain niveau d’organisation. Par exemple le week-end dernier, à Kwamashu - un township au nord de Durban - les gens disaient qu’ils avaient vu des voitures de luxe circuler pour repérer les magasins tenus par les étrangers », a ajouté Mary De Hass, chercheuse à l’université de Durban.

Certains disent que ces violences sont commises par des commerçants locaux qui exploitent les tensions existantes et nombreux estiment que le gouvernement a sa part de responsabilité en ayant laissé des millions de personnes prisonnières de la misère et, surtout, en ayant tardé à réagir à cette violence.