Migrants: la Libye, une terre d'accueil devenue un enfer à fuir

Des migrants dans l'attente de la traversée de la Méditerranée, à Tripoli le 13 mars 2015.
© REUTERS/Goran Tomasevic

Le chaos en Libye, pays déchiré par des affrontements entre milices adverses, fragilisé par l'existence de deux Parlements et de deux gouvernements, explique en grande partie cet afflux de migrants vers l'Europe. Longtemps terre d'accueil pour les Subsahariens, la Libye est désormais un pays à fuir.

En 2010, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi faisait du chantage à l'Europe, réclamant cinq milliards de dollars pour stopper le flux migratoire venu d'Afrique subsaharienne. A l'époque il se présentait comme l'ultime rempart à une Europe craignant une vague de migrants. Ce que le guide ne disait pas, c'est que son pays a de tout temps été une terre d'accueil plus qu'un pays de transit.

Avant le printemps arabe et la guerre civile, la Libye accueillait plus de deux millions de migrants, principalement des Tunisiens, des Egyptiens et des Subsahariens. Aujourd'hui, les flux viennent principalement d'Afrique de l'Est : Ethiopie, Erythrée, Soudan et Somalie. Les routes passant par les Açores, le Maroc et l'Algérie étant désormais très surveillées, les Africains privilégient l'axe libyen.

Entre 300 et 700 migrants quittent chaque jour les côtes libyennes

Mais le chaos qui règne en Libye pousse les Subsahariens à poursuivre leur route. De plus, les milices s'en prennent désormais aux migrants : trafic d'êtres humains, exploitation, violence. Face à cela, l'Etat en décomposition n'a guère les moyens de réagir. Un exemple, les garde-côtes n'ont plus que deux vedettes pour surveiller des centaines de kilomètres de côte. Enfin, le départ des missions diplomatiques européennes pour cause d'insécurité rend plus difficile la coopération internationale sur les questions migratoires. Résultats, les autorités libyennes estiment entre 300 et 700 le nombre de migrants qui quittent actuellement chaque jour les côtes libyennes.

La situation en Libye était au cœur de la réunion d’urgence qu’a tenue l’Union européenne ce lundi 20 avril sur la crise des migrants en Méditerranée. Dans le plan d’actions présenté, il est prévu un renforcement des opérations de recherche et de secours, mais également une offensive diplomatique auprès des pays de transit, en particulier ceux qui sont limitrophes de la Libye, principal embarcadère vers l’Europe, pour qu’ils contribuent à contenir les vagues de candidats à l’exil. Des mesures qui ne permettront cependant pas de mettre un terme à ce problème, selon le ministre espagnol de l’Intérieur, Jorge Fernandez Diaz.

Jorge Fernandez Diaz, ministre espagnol de l’Intérieur
21-04-2015
Tant que la Libye sera un pays en déliquescence, il est clair que nous n’arriverons pas à trouver de solution à ce drame