RDC: le découpage des provinces fait toujours polémique au Katanga

La province du Katanga, dans le sud de la RDC, doit être redécoupée en quatre territoires.
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En République démocratique du Congo, le processus de redécoupage des provinces est désormais lancé avec près de trois semaines de retard. En effet, les six commissions chargées d'installer les nouvelles provinces ont officiellement commencé leurs travaux le lundi 20 avril. Leur mission : faire un bilan d'ici un mois des besoins et des acquis des six provinces qui doivent être redécoupées. S'il est une province ou le redécoupage passe particulièrement mal, c'est le Katanga, la plus grande et plus riche province du pays, qui doit se voir redessinée en quatre parties.

Ils sont cinq réunis autour de quelques bières. Mais un seul sujet les préoccupe : le redécoupage de leur province. Louis, diplômé en informatique, est chauffeur de taxi à défaut de mieux. Pour lui, la priorité n'est pas de redécouper, mais plutôt de développer les provinces actuelles : « Les onze provinces, on ne les a pas bien gérées. Maintenant, lorsqu’on aura beaucoup de provinces, si on raisonne statiquement parlant, vous avez une seule responsabilité, vous ne gérez pas bien. Est-ce que vous saurez en gérer deux ? Depuis 2006, on devait quand même préparer cette population et leur dire que, un jour, vous allez vous gérer. »

Pas assez de préparation depuis 2006. Résultat pour son ami, employé d'une entreprise minière, ce redécoupage est précipité : « Une province doit avoir des infrastructures capables, dignes d’une province. Même si la commission est montée, l’Etat, les gouvernants actuels savent déjà que ces nouvelles provinces qui vont être créées manquent de cela. Cela doit avoir un travail de préparation fait déjà en amont. » Et son ami Joseph de surenchérir : « Imaginez-vous à Kalemie par exemple, Kalemie une province ? Il y a une seule route. »

Une différence de développement entre Lubumbashi, la capitale du Katanga, et les autres provinces, pourrait également réveiller de vielles tensions ethniques, estime Joseph, avocat : « Le coin du sud, c’est le coin qui a été beaucoup plus développé. Il y a risque que les gens puissent sombrer dans l’ethnicisme ou dans le tribalisme, la population n’est pas préparée. » Précipitation, absence de développement, ces jeunes sont unanimes : l'argent qui servira à financer les quatre nouvelles provinces du Katanga et les institutions qui vont avec aurait été plus utile pour développer le Katanga actuel.

Le gouvernement se veut rassurant

Et comme les habitants de Lubumbashi, un grand nombre de députés ont fait part de leur inquiétude. Ils estiment que la RDC n'a pas les moyens financiers de mener ce redécoupage, alors qu'approche un coûteux marathon de sept élections d'ici à la fin 2016. Mais le porte-parole du gouvernement, Lambert Mendé, s'est voulu rassurant. Pour lui, le redécoupage n'aura pas d'impact et surtout, il est prévu par la Constitution.

Je pensais que s’il est un domaine dans lequel nous Congolais sommes tombés d’accord et qui a même été à la base de grandes manifestations au mois de janvier, c’est qu’on ne touche pas à la Constitution.
Lambert Mendé
21-04-2015 - Par Kamanda Wa Kamanda