Afrique du Sud: réactions mitigées face au déploiement de l’armée

Quelques milliers de personnes ont marché contre le racisme à Durban jeudi 16 avril après des violences xénophobes qui ont fait plusieurs morts ces derniers jours.
© REUTERS/Rogan Ward

En Afrique du Sud, les réactions sont mitigées au lendemain de l’annonce du déploiement de l’armée pour protéger les étrangers. Mardi, la ministre sud-africaine de la Défense a annoncé que l’armée viendrait en renfort pour sécuriser des quartiers où des violences xénophobes ont éclaté. L’armée va notamment être déployée dans le Kwazulu Natal où ont commencé ces attaques contre les étrangers et, surtout, dans le township d’Alexandra à Johannesburg où vivent plusieurs dizaines de milliers d’étrangers.

Dans la nuit de mardi à ce mercredi 22 avril, à Johannesburg, l’armée a participé à un raid nocturne sur un foyer hébergeant des travailleurs sud-africains. Onze personnes soupçonnées d’avoir participé aux pillages de commerces étrangers ont alors été interpellées.

Ce déploiement de l’armée dans les townships suscite de nombreuses réactions. La police et le gouvernement contrôlent-ils la situation ? Combien de temps l’armée va-t-elle rester déployée dans ces zones sensibles ? Est-elle formée pour ce genre d’opération ? Pour Helmut Heitman, spécialiste en sécurité, la présence de l’armée est surtout dissuasive. « Le principal avantage est que l’armée est disciplinée. Elle maîtrise bien son travail et peut réagir à des situations inattendues. En revanche, il s’agit de simples soldats qui ne sont pas vraiment formés pour contrôler des foules, notamment des civils », estime-t-il.

Plusieurs organisations de défense des droits des migrants ont salué ce déploiement pour protéger les étrangers, notamment dans le township d’Alexandra à Johannesburg où, le week-end dernier, un commerçant mozambicain a été poignardé en plein jour et où vivent plusieurs dizaines de milliers d’étrangers zimbabwéens, mozambicains et nigériens.

La nécessité de résoudre les causes profondes

Mais pour Blessing Vava, un activiste zimbabwéen, la réaction des autorités est tardive et ne résout pas les problèmes de fond. « Le déploiement de l’armée, c’est montrer au monde que le gouvernement fait quelque chose. Mais c’est un peu tard. A mon avis, c’est aussi admettre que le gouvernement est débordé et qu’il a échoué à maîtriser cette situation. Ce problème de violence contre les étrangers est récurrent. Cela s’est déjà produit en 1998, en 2008, et à chaque fois, on voit l’Afrique du Sud réagir plutôt que de trouver des solutions sur le long terme », déplore Blessing Vava.

« Les inégalités qui existent ici, la pauvreté et le chômage, que le gouvernement a échoué à résorber, sont les facteurs qui déclenchent cette xénophobie. Le gouvernement doit s’assurer que les responsables de ces actes criminels soient arrêtés et condamnés et il doit également résoudre ces problèmes d’inégalité qui sont le point de départ des tensions entre locaux et étrangers. C’est de sa responsabilité. Et puis, il y a une espèce d’attitude protectrice envers certains régimes dictatoriaux dans la région, comme par exemple celui de Robert Mugabe, au Zimbabwe. C’est aussi ce qui fait que des milliers de Zimbabwéens fuient leur pays et se retrouvent ici, en Afrique du Sud, pour des raisons économiques », analyse encore l'activiste zimbabwéen.

Avec ce déploiement, le gouvernement veut surtout envoyer un avertissement car c’est, en effet, dans le township d’Alexandra qu’ont éclaté les violences xénophobes de 2008 qui avaient fait plus de 60 morts.

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