Comprendre la vague de xénophobie en Afrique du Sud

Des milliers de Sud-Africains ont défilé à Johannesburg pour dire «Non à la xénophobie», le 23 avril 2015.
© REUTERS/Mike Hutchings

En Afrique du Sud, le président Jacob Zuma rencontrait, ce vendredi 24 avril, les représentants des différentes communautés d’étrangers. Depuis près d’un mois, le pays est en proie à des violences xénophobes. Les attaques contre les étrangers se sont multipliées à Durban, puis à Johannesburg. Jeudi, plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Johannesburg pour dire non à la xénophobie. Pour le gouvernement, la pauvreté, les inégalités ainsi que les frustrations sont à l'origine du problème. Dans les townships, les plus défavorisés estiment qu’il y a trop d’étrangers, notamment en situation irrégulière.

Le nombre d’étrangers en Afrique du Sud explique-t-il cette vague de xénophobie ? Personne ne sait réellement combien ils sont. Les derniers chiffres officiels de 2011 font état d’environ 2 millions d’étrangers sur le territoire. Néanmoins, certaines organisations estiment que le chiffre est bien plus élevé.

Pour le Congrès national africain (ANC), parti au pouvoir, il est temps de discuter de la politique d’immigration de la région.

« Est-ce que la coupe est pleine ? Nous ne disons pas cela. Nous disons qu’il faut comprendre le système qui permet aux migrants de venir dans ce pays. Je suis sûre que dans votre pays vous avez également des lois d’immigration. Ce que nous demandons, c’est que nos frères et sœurs, sur le continent, comprennent nos problèmes. Nous avons en place un système légal qui permet d’accepter - ou non - ceux qui veulent venir dans notre pays », a déclaré, à RFI, Jessie Duarte, secrétaire générale de l’ANC.

« Oui, je suis d’accord, parfois cela prend beaucoup de temps pour obtenir un statut de réfugié. Cela prend trop de temps dans tous les pays. Partout, des gens sont rapatriés dans leur pays si leurs papiers ne sont pas en règle. Cela n’arrive pas qu’en Afrique du Sud. Tous les jours, l’Europe rapatrie des migrants vers l’Afrique du Nord. Nous ne voulons pas en arriver là », a ajouté Jessie Duarte.

« Mais vous devez comprendre que, nous aussi, nous avons un problème de chômage tout comme la République Démocratique du Congo, tout comme le Zimbabwe. Nous sommes tous dans le même bateau et c’est pour cela que nous voulons avoir une conversation posée, entre Africains, sur ce continent. Nous espérons pouvoir avoir cette conversation au sein de l’organisation régionale, la Sadec », a tenu à préciser Jessie Duarte, secrétaire générale de l’ANC.

« Les gens font circuler des mythes »

De son côté, Marc Gbaffou, du Forum de la Diaspora africaine, considère que cette incertitude quant au nombre d’étrangers dans le pays contribue à la xénophobie.

« Cela donne l’impression que l’Afrique du Sud est envahie par les étrangers et cela contribue à enflammer la situation. De plus, les migrants créent des emplois. Dans les townships, les petits commerces qui sont détruits, ce sont des emplois qu’on perd. Ce ne sont pas des emplois du gouvernement, mais des emplois créés par des petits commerces », a-t-il dit.

Un avis partagé par le Centre africain des Migrations de l'université de Witwatersrand. Selon Zaheera Jinnah, le nombre de travailleurs étrangers ne représente que 4% de l’ensemble des travailleurs ; pas de quoi faire réellement baisser le chômage.

« Il y a beaucoup de chiffres qui circulent et qui n'ont absolument aucun fondement et c'est vraiment un des problèmes sous-jacents de la xénophobie dans ce pays. Les gens ne savent pas combien il y a d'étrangers ni qui ils sont et, du coup, font circuler des mythes », a déclaré à RFI Zaheera Jinnah.

« Ce que nous savons, c'est que sur l'ensemble des travailleurs dans ce pays, il y a seulement 1,2 million d'étrangers, ce qui ne représente que 4% de l'ensemble des travailleurs. Donc, franchement, si on se débarrasse de ces 1,2 million de travailleurs étrangers, cela ne va pas régler le problème du chômage. En plus de cela, les étrangers qui travaillent sont souvent tout en bas de l'échelle et occupent des emplois que les Sud-Africains ne veulent pas ou ne peuvent pas occuper », a-t-elle expliqué.

« Une de nos études, sur une petite échelle, montre même que les étrangers sont plus susceptibles de créer leurs propres activités et donc de créer des emplois qui contribuent à l'économie locale. Cette étude montre que les migrants sont plus à même d'être propriétaires de leur commerce où d'être leur propre employeur et auquel cas, ils emploient des locaux plutôt que des étrangers. En moyenne, chaque migrant crée deux à trois emplois », a spécifié Zaheera Jinnah, du Centre africain des Migrations de l’’université de Witwatersrand.

Selon ces organisations, les étrangers contribuent ainsi et de façon significative à l’économie du pays. Un message que le gouvernement doit faire passer s’il veut enrayer la xénophobie.

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